Si l’Afrique n’avait pas été occupée…

Lors d’une conférence, à laquelle j’avais été invité comme orateur pourtant sur Mongo Beti, une jeune participante m’a directement posé la question « Que serait l’Afrique aujourd’hui si elle n’avait pas été colonisée? » Une question pertinente et passionnante qui nous demande à, premièrement faire appel à notre imagination mais surtout, deuxièmement, à voir les modèles d’états africains que nous avons actuellement qui peuvent servir de base à une réponse à la question de la jeune soeur.

J’aimerai d’abord attirer votre attention sur un fait des plus importantes: le choix de nos mots. En effet, le mot « colonisation » est de ceux qu’il faut le plus bannir de notre vocabulaire en tant qu’africain car il renvoie à une définition civilisatrice, philanthropique, humaniste, romantique d’une poignée de blanc courageux bravant les mers, les océans, les jungles, les déserts pour venir apporter la Lumière à nous autres, pauvres africains vivant dans les ténèbres de l’ignorance ainsi que dans la sauvagerie et la nudité la plus totale. Le mot juste à employer est OCCUPATION. Car c’est bien de cela dont il a été question, et ce depuis que l’européen a posé le pied en Afrique. Le but a été d’occuper, de piller, de spolier, d’exploiter à son avantage et non à développer quoi que ce soit pour venir en aide à qui que ce soit. Regardez la Syrie, l’Afghanistan, l’Irak, etc… Voilà le type de « salut » que les européens nous en emmener il y a cinq siècles. Bref, passons.

L’ETHIOPIE

Parmi les pays non occupés d’Afrique, il y a en haut de liste, l’Abyssinie, dit l’Ethiopie qui à l’époque de la Reine de Saba, alias Makeda, alias Bilkis, s’étendait jusqu’à l’actuel Yemen et sud-ouest et Arabie Saoudite sur la péninsule arabique, considérée par certains érudits afro centrés comme étant le prolongement en Asie de « la Terre des Noirs », autrement dit l’Afrique. Et on ne peut citer l’Ethiopie sans citer le nom de l’Empereur Menelik II (je reviendrai plus loin sur lui), ainsi que le dernier Négus (titre de noble voulant dire Roi) d’Ethiopie, le Roi des rois, Hailé Selassié « Ras Tafari », de la dynastie ou clan des Mekonnen.

L’Ethiopie est le plus vieil état constitué existant à ce jour sans interruption, et ce depuis l’antiqué. C’est aussi le seul pays d’Afrique (Maghreb inclue) à n’avoir jamais été colonisé mais plusieurs fois elle dut subir des tentatives d’occupation qui se terminerait par un fiasco politico-militaire pour les envahisseurs, principalement l’Italie qui a deux reprises sera battue et chassée d’Ethiopie.

L’Ethiopie, et ses peuples, ont la particularité d’avoir développer une culture pluri millénaire sur base de leurs expériences.On peut citer le christianisme ou le judaïsme,qui sont des croyances exogènes mais que les éthiopiens ont assimilées et adaptées à leur culture. Jusqu’en 1974, l’Ethiopie a été une monarchie avant de devenir une république tout en conservant son patrimoine et ses coutumes anciennes. Elle passe alors d’empire à république fédérale.

LE SWAZILAND

A l’inverse de beaucoup d’autres royaumes africains, le Swaziland est le dernier état monarchique d’Afrique Noire qui a gardé quasiment toute sa structure ancienne et coutumes. Le Swaziland est une jeune monarchie, comparée à d’autres du continent, qui fut par contre occupée par les anglais avant de retrouver son indépendance en 1968. Donc, nous avons avec cet état, une autre approche intéressante; celle d’un état africain qui a gardé sa constitution politique d’antan malgré les lourds bouleversements socio-politiques auxquels sera soumis l’Afrique.

Ce royaume rappelle un peu par son faste et sa culture, non pas sans une certaine nostalgie, un film que ceux de ma génération, et au-dessus, ont pu connaitre avec le film « Un Prince A New York« , le fameux royaume de Zamunda. Un mélange d’ancienneté et de modernité, de tradition séculière et de (processus) démocratisation pour ne pas dire assimilation au modèle de démocratie à l’occidentale.

LE GHANA / NIGERIA

L’exemple de ces deux états est aussi fort intéressant. Ce sont deux états modernes, de notre temps, qui, bien que devenus des républiques n’en ont pas délaissé leurs traditions et croyances anciennes. Ces états, bien qu’ayant connus l’occupation anglaise, ont, après leurs indépendances, conservés le système de royauté qu’ailleurs, comme en République « démocratique » du Congo, on appelle « chef coutumier ».

En allant au Nigérie comme au Ghana, dans les territoires à l’intérieur, vous aurez connaissance de l’existence de rois et de reines selon les rites et coutumes ancestrales les plus anciens. Une sorte de rencontre entre le passé et le présent, entre l’ancestralité et la modernité (à l’occidentale). Et certains de ces rois auraient même une aura, un pouvoir, des sujets au-delà des territoires de leurs états « nationaux » respectifs.

 

A QUOI AURAIT RESSEMBLE L’AFRIQUE?

La réponse à la question ci-dessus est dans les trois exemples données plus haut. Car rien ne nous dit que l’Afrique, du moins, les pays africains auraient tous encore éxistés en leur état passé ou possible état actuel. Il ne faut pas oublier deux choses, peu importe que l’on soit demeuré indépendant ou pas, qu’on ait été sous occupation ou pas, e plus important est ce qu’on aura déployé comme énergie pour rester en accord avec son paradigme et surtout comment on aura gardé l’essentiel dans un monde qui a vu le modèle occidental prévaloir sur toutes les autres formes civilisationnelles.

Je pense que beaucoup d’états africains, compte tenu de la diversité des peuples qui constitue la plupart, auraient évolués vers une structure politique fédérale républicaine (comme le Nigéria et l’Ethiopie), de république simple avec des régions reprenant les structures administratives d’anciens royaumes ou principautés (comme le Ghana) ou alors de monarchie dite « parlementaire » comme le Swaziland.

Maintenant la question vitale est, états africains occupés ou non, comment fait-on pour s’insérer dans un monde qui a évolué, car l’époque de la toute puissance de l’Afrique de l’époque des Pharaons Noirs est un peu loin, sans y perdre son âme tout en maintenant sa puissance à un certain niveau afin de peser politiquement dans un contexte géopolitique où les « blancs » de peau (Européen, Arabes, Asiatiques) mènent la danse? Mais le centre de gravité de la géopolitique du monde est entrain de bouger vers l’Eurasie (Russie-Chine). Et dans les deux ou trois décennies qui vont suivre, ce même centre de gravité va revenir vers l’Afrique. Espérons que nous aurons beaucoup appris des erreurs passées pour reprendre le contrôle de notre destinée sous le drapeau d’une république fédérale négro-africaine: les Etats-Unis d’Afrique.

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