Séjour en Ethiopie: Un objectif ambitieux nommé #ARCH

Du 20 au 25 mai j’étais en Ethiopie sur invitation de la commission de l’Union Africaine basée à Addis Abeba. Je devais participer avec 150 autres africains venus de partout pour réfléchir, discuter et proposer des idées pour imaginer l’Afrique et son institution phare l’Union Africaine d’ici l’année 2063, lorsque cette dernière fêtera son premier siècle d’existence.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, comme nous l’avions fait durant la seconde journée des échanges, j’aimerai rendre hommage à ceux qui nous ont précédé, ces hommes et femmes qui d’une manière ou l’autre ont contribué cette identité africaine qui est la nôtre, et je citerai d’abord le plus important à mes yeux, mon mentor M’buze Nsomi Lobwanabi. Je rend aussi hommage à tous ces hommes et femmes de la Terre Mère: Paul Panda Farnana, Kimpa Vita, Patrice Emery Lumumba, Shaka Zulu, Samora Machel, Agostinoh Neto, empereur Ras Tafari Makonnen (Hailé Selassié), impératrice Taïtu, Empereur Menelik II, Amilcar Cabral, les Amazones du Dahomey, Jomo Kenyatta, Kwameh Nkruma, Steve Biko, Reine Nzingah, Bob Marley, Louis Rwagasore, Tupac Shakur, Maya Angleou, Ahmed Sekou Touré, Thomas Sankara, Miriam Makeba, Cheik Anta Diop, Aimé Césaire et bien d’autres encore…

Photo de groupe, je suis sur la deuxième rangée en partant de la droite.

Photo de groupe, je suis sur la deuxième rangée en partant de la droite.

Ce programme portant l’intitulé A.R.C.H. qui veut dire African Re-imagination Creative Hub a pour vocation de poser de nouvelles bases sur le plan de la culture et des arts pour le remodelage de l’Union Africaine d’ici l’année 2063 quand l’institution aura 100 ans. Le premier jour fut jalonné de discours de bienvenu et autres chants comme celui entonné par la soeur et diva sud africaine (dont on dit qu’elle sera la nouvelle Yvonne Chaka Chaka) Dana Simphiwe qui était aussi le co-organisatrice et responsable de l’événement avec le frère Vukani Lumumba comme responsable principale et le Professeur Kwesi Kwa Prah, directeur du Center For Advancement Studies of African Society.

Le dialogue a été organisé dans le cadre de la célébration de la 50ème année de l’Union Africaine en rapport avec l’agenda 2063 grâce à la participation des Africains (du continent et de la diaspora) par le biais d’une économie créative africaine. Pour cela, le dialogue et objectifs seront de:

– présenter un rapport à Son Excellence la Présidente de l’Union africaine;

– Présenter un document succinct de résultats sur l’identité, le patrimoine, les arts et les dimensions de la culture de l’Agenda 2063;

– Présenter à la Commission de l’UA les priorités et le programme d’action pour atteindre les résultats attendus;

– Présenter des propositions sur des arrangements institutionnels appropriés pour permettre la participation continue et durable de l’économie créative dans le développement et la mise en œuvre de l’Agenda 2063;  

– Présenter à la Commission de l’UA des formes d’art corporels et incorporels, des compositions et des conceptions de populariser et de familiariser la population africaine de l’Union africaine et de l’Agenda 2063.

Puis les jours suivants furent étoffés de discussions avec quelques officiels dont . Nous avons eu aussi la participation du  frère Yasiin Bey aka Mos Def ainsi que de la soeur Donisha Prendergast, petite fille de Bob Marley.

Nous fûmes après établis en quatre comités de réflexion: Littérature (celle à laquelle j’appartenais), Musique, Médias et Entrepreneurs avec pour mission de réfléchir en petit groupe à des solutions et priorités à soumettre à la commission de l’UA dans un document final.

 

MES POINTS IMPORTANTS

Le premier a porté sur la mise en place de mesures contraignantes afin d’inciter pour ne pas dire forcer les pays africains à appliquer ce qui sera décidé suite à nos rencontres. Car comme je l’ai relevé nul n’ignore que beaucoup de pays africains ne sont pas (du tout) sensibles aux questions liées à la Culture et aux Arts, sauf peut-être pour faire des discours creux. Interpellation à laquelle, il m’a été répondu qu’en effet l’Union Africaine devra être sensible à cette argument car par le passé a souvent pris des décisions sans avoir forcément les moyens (budget) de les mettre en oeuvre via les pays membres. Car il faut « aller vers des décisions réalistes contenant des mesures incitatives vis à vis des états ». Il a aussi été formulé une chose intéressante:

« L’Union Africaine optera pour deux sommets par an, l’un pour prendre des décisions avec les états membres et l’autre pour en faire le suivi avec les états membres »

Le second point important est celui des agendas. Trop d’intervenants parlaient de demander de l’argent pour les artistes, et autres programmes ou projets culturels. Mais comme l’a dit une des personnes parmi les officiels « Demander de l’argent c’est dépendre de l’agenda de quelqu’un (que ce soit l’UA ou pas) ». Et le frère Claudy Khan, qui était présent et dont je partage son point de vue sur la question, a dit à juste titre qu’il ne faut pas que les artistes attendent qu’on leur donne des moyens, ils doivent eux mêmes initier des projets générateurs de revenus ou trouver ailleurs des financements hors circuits des états et organisations politiques.

Le troisième était que beaucoup parlaient de faire des grands festivals, des rencontres musicales intra africaines avec plusieurs artistes etc… Bref, j’ai même commencé à croire que Culture dans la bouche des africains voulaient uniquement dire Musique (chants et danses). j’ai bien vu que même entre africains « éveillés » certaines autres formes d’arts ou d’outils culturels n’étaient pas vraiment pris en considération, ce qui n’est donc pas seulement un fait au crédit des politiciens. Peut-être que cela s’explique par le grand nombre d’artistes du domaine musical et associé directement à cette dernière dans le salle plénière.

Pour le cinquième, je mettrai en avant l’intervention de ce frère rasta qui a réellement jeté un pavé dans la marre en disant qu’il était venu avec l’espoir de rencontrer des gens prêts à aller au combat. Il espérait entendre des idées innovantes et motivantes pour « aller en guerre » et là où j’ai abondé dans son sens, comme je le dis souvent sur Facebook (clin d’oeil à mon frère Yves Bassambi) nous dépensons TROP d’énergie à parler de ce qui ne va pas, de nos difficultés, à faire des constats. Et des constats j’en ai entendu plus que j’en ai vu écrire sur Facebook. Je me suis presque cru un moment dans une cour des miracles… Non, il faut réellement mettre fin à cet esprit des constats, cette esprit qui nous fait dépenser notre énergie et notre temps à parler de ce qui ne va pas.

C’est à ce moment là que je suis intervenu pour dire qu’il ne fallait pas chercher à créer des choses nouvelles, mais plutôt renforcer celles qui existent déjà en Afrique et en dehors. Car au vue de toutes les compétences et talents regroupés dans la pièce, « ce serait un gaspillage de se dépenser encore à chercher à réinventer la roue ou l’eau chaude, comme le dit parfois un ami à moi en Belgique (Yves Bassambi) ». Et à cela le frère Yasiin Bey ajoutera aussi qu’il existait des initiatives dans les diasporas et en Afrique à connaitre (les recenser) et les soutenir au lieu d’en inventer d’autres.

 

DES STRUCTURES LITTÉRAIRES AFRICAINES

Lors des deux réunions de mon comité, j’ai découvert l’existence de trois grosses structures dédiées à la littérature africaine:

l’Association des Auteurs Africains: basée au Ghana, elle dépend directement de l’Union Africaine mais le problème est qu’elle ne communique pas et ne sort pas beaucoup de ses frontières ghanéennes. Il faudrait en faire un outil pour tous les pays africains abritant une organisation dédiée aux auteurs locaux.

l’African Literature Of America: un structure basée aux USA mais dont l’accès en tans que auteur coûterait de l’argent pour s’y inscrire et de plus, il faut être coopté par une université américaine pour ne fusse que espérer avoir l’opportunité de prétendre vouloir y entrer.

l’African Study Association: basée aux Royaumes Unis.

Diverses autres structures t sites web pour les auteurs africains au sens large ou selon nationalité existent comme www.kwani.org dédié surtout aux kenyans, l’A.P.N.E.T et l’O.C.P.A ainsi que le P.A.W.A (Panafricanist African Writers Association)

A la fin des réunions des comités il nous aété demandé de pointer les priorités pour nos groupes et, selon moi, mais je ne fus pas le seul, le plus important était une rencontre en 2015 des auteurs africains et des professionnels africains exerçant un métier pouvant s’associer à celui des auteurs c’est-à-dire: des graphistes, dessinateurs, professionnels du marketing, de la publicité, de la communication, de la traduction, de la correction, de l’édition, des imprimeurs etc…

Le plus grand défi à mon sens sera de garder le contact et de continuer à travailler à distance d’ici l’année prochaine. Car après juste quelques jours depuis mon retour, bien des contacts pris se sont limités à Twitter et encore, même là plus d’innteraction sauf avec ceux avec qui j’étais déjà en contact bien avant. Mais j’ai eu surtout le plaisir de pouvoir enfin rencontrer des frères congolais actif dans plusieurs domaines vivant en Europe, Afrique du Sud et au pays. Des contacts avec des non congolais furent aussi pris et seront à développer.

LA CULTURE ÉTHIOPIENNE & MOI

Une des mes plus grosses satisfactions et le contact pris avec des personnes très importantes dans le domaine de la culture et de l’histoire éthiopienne dont le directeur du Musée Nationale éthiopien, la responsable des archives nationales éthiopiennes et des agences qui y sont associées, l’ex président de l’association des auteurs éthiopiens ainsi que son excellence le ministre de la Culture de la république fédérale d’Ethiopie. Tous furent très intéressés par mes initiatives en Belgique avec mon asbl BANA MBOKA mais aussi mes initiatives propres touchant à la culture comme La Journée Scientifique que j’ai organisé dernièrement avec Bambi Ceuppens du Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren.

Il va donc de soi que ces contacts ne sont pas restés lettre morte car j’ai déjà eu des échanges par mail avec ces derniers, mais surtout qu’un nouveau voyage en terre abyssinienne s’impose. L’un est prêt à m’ouvrir les portes du Musée et d’autres institutions culturelles, l’autre est prêt à me montrer les correspondances de l’empereur Menelik II avec la reine Elisabeth Ier d’Angleterre.

L’ETHIOPIE & MOI

Je me suis découvert une seconde patrie car bien avant d’y être j’aimais déjà ce pays sur lequel j’ai déjà commencé à écrire un autre romain fiction il y 4 mois avec pour histoire de fond la victoire à Adoua de l’armée éthiopienne contre l’Italie.

Ce pays a une histoire qui me touche, un peuple fière de son passée et qui aime son présent malgré le passage durant les années 70 et 80 par les famines et un régime politique marxiste très dur. Je vois ce pays comme un modèle, il a traversé des hauts et des bas mais garde la tête haute et actuellement est en phase montante comme puissance africaine.

Déjà que ce pays est devenu un Hub dans le domaine de voyage entre l’Afrique et les états du golf ainsi que l’Asie et la Chine. Puis il y a cette compagnie aérienne, MA compagnie aérienne Ethiopian Airlines, membre du groupe Star Alliance (oui, je devais le citer pour ne pas laisser à certains le luxe de croire que je ne le sais pas), qui à l’inverse de beaucoup de pays africains peu se targuer d’être une compagnie aérienne internationale de poids.

Bien avant mon départ, une année avant, j’avais commencé mon immersion dans la culture éthiopienne: musique, danse, nourriture et ce sans savoir qu’un jour j’y irai. Mais le destin en a voulu ainsi.

Tout ceci pour dire que nos choix, nous initiatives, nos vies finissent tôt ou tard par être en phase avec ce que l’on est appelé à être lorsqu’on se donne les moyens et surtout lorsqu’on reste fidèle à soi. car si j’avais suivi les voix de ceux qui me disaient de temporiser mon engagement politique, de ne pas m’acharner à faire certaines initiatives, à vouloir certaines choses, j’en suis sur je n’aurai jamais été remarqué par ce frère congolais vivant en Afrique du Sud à qui Dana Simphiwé avait demandé de lui soumettre dix personnes crédibles d’origine congolais à inviter à Addis Abeba. J’en ai pour preuve qu’une personne de l’Union Africaine avait fait un tour sur mon compte LinkedIn dont surement sur mon Twitter, mon site web et mes pages Facebook.

La sélection avait commencé avec un long formulaire sur internet où il fallait répondre à des questions assez pointue sur l’Afrique d’aujourd’hui et des solutions à apporter à divers problèmes qu’elle rencontre et ma vision pour l’Afrique dans 10 ans, 30 ans et 50 ans.

 

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