« Nous ne sommes pas à vendre »: Raisons, Mobilisations et Suites?

De toutes les manifestations que j’ai eu à connaître depuis mon établissement en Belgique, excepté sans doute celui dans l’affaire de Sémira Adamu (morte par étouffement entre les mains de la police belge lors de son expulsion du territoire), celle de ce samedi 25 novembre 2017 à Bruxelles, Place Poelart, est sans aucun doute la plus intense en terme de mobilisation, d’indignation collective et de besoin de justice.

Tout le milieu africain engagé s’y était retrouvé, certains venant de ville lointaine de Belgique pour y être présent et marquer l’instant. Oui car il fallait y être ou du moins soutenir en fournissant à d’autres les informations et la motivation d’y aller car comme je le dis à mes enfants (et pas seulement) et comme mon père me l’a dit avec d’autres mots, de son vivant, « il est important de se fréquenter, de partager ensemble des moments, des instants de vie, des moments de communion qui renforce l’esprit de groupe, de communauté, de peuple… de Nation.

POURQUOI MANIFESTER?

Premièrement pour mobiliser la communauté, mesurer notre capacité à réunir les forces vives des africains et afro-descendants, y compris ceux qui adhèrent ou soutiennent notre cause. Mobiliser une masse, d’hommes et de femmes mais aussi detrès jeunes dont des enfants, est déjà en soit un message fort et une victoire pour dire « regardez-nous et sachez que nous vous regardons, nous vous surveillons et qu’il faudra compter sur nous ». Un message clairement en direction du monde politique, des décideurs, des personnes influentes, des faiseurs d’opinion et autres messies de ce siècle.

Deuxièmement, pour manifester notre solidarité envers ceux pour qui nous nous réunissons car nous aurions été dans leur cas nous aurions apprécié, qu’au moins, que des personnes s’intéressent à notre sort, que nous ne sommes pas seuls, que d’autres veulent que justice nous soit faites. C’est là même l’élément central du PANAFRICANISME c’est-à-dire, un esprit de SOLIDARITE et d’entre-aide entre les peuples africains et afro-descendants.

Troisièmement, pour transmettre aux plus jeunes la Flamme de l’Engagement, la conscience du groupe, la notion de communauté et ancrer ces images, ces sons, ses sensations, bref, ces INSTANTS dans leurs cœurs, leurs consciences et leurs esprits afin qu’en grandissant ils se souviennent qu’un jour ils ont été au cœur d’une bataille, au milieu d’une foule scandant des mots et revendiquant des choses pour eux et leurs descendants. D’où l’importance de venir en famille que de laisser les enfants devant des dessins animés ou des distractions, si les circonstances les permettent, évidement. Un peuple qui ne transmet pas le Flambeau de sa lutte aux générations suivantes a déjà perdu la guerre bien que remportant des batailles sporadiques.

COMMENT MANIFESTONS-NOUS?

Nous manifestons en occupant l’espace public, tout simplement. Il faut être présent, se montrer, faire parler de soi, pas une fois mais plusieurs fois et par tous les canaux existants, et j’irai jusqu’à dire comme le vénérable Malcolm X « by any means necessary », c’est-à-dire par tous les moyens nécessaires.

Nous (nous) manifestons en maintenant la pression sur des décideurs politiques, les personnes d’influences et toute autre personne pouvant contribuer bon gré, malgré à notre cause: soit de manière directe, soit indirecte. Il est question ici de lobbying, de débats publics, sur les réseaux sociaux ou dans des groupes de discussions, des sessions parlementaires, sénatoriales, conseils communaux, conseils d’entreprises, etc…

Nous (nous) manifestons aussi sur un plan différent, en nous tournant exclusivement vers les nôtres afin d’œuvrer à un changement de paradigme radical dans les têtes, les cœurs et les esprits. C’est une manifestation exclusive, du moins elle se doit de l’être car elle ne concerne que les concernés: NOUS. Et peu importe que cela choque ou perturbe les gens. Il arrive à un moment, lorsqu’un problème est arrivé dans une famille, que les membres de cette famille en parlent ENTRE EUX sans avoir besoin de la présence du voisin ou de l’ami, ou même de se justifier. Nous nous recentrons sur nous et ce que nous sommes mais aussi ce qu’ont été ceux avant nous, nos Ancêtres Méritants (Force et Puissance à Eux): l’Afrocentrisme, l’idéologie du Nous par nous, pour nous et uniquement avec les Nôtres.

QUELLE SUITE A NOS MANIFESTATIONS?

La suite à donner à une manifestation dépendra des enjeux en cours, des acteurs en présence et de la force de la communauté voire de son niveau d’éveil de conscience. Eveil des consciences ne veut pas seulement dire « Savoir que », non, bien au contraire. Eveil de conscience veut surtout dire « Agir pour que », c’est-à-dire savoir pourquoi il faut passer à l’action et se donner les moyens de poser ces actions. Et agir n’est pas seulement manifester, c’est aussi soutenir les manifestations (de toutes sortes) par toutes sortes de moyens et d’initiatives.

Pour ce qui est du cas des faits d’esclavage en Libye, ne soyons pas des naïfs aux grands cœurs ni des révolutionnaires du virtuel qui pour les premiers, on pourrait changer les choses par une manifestation dans l’immédiat comme si une révolution se faisait en claquant des doigts, et pour les secondes qu’il ne faut pas se manifester et « attendre qu’une énième prise de conscience ou un leader blanc comme neige viennent nous dire quoi faire ».

Dans le cas (complexe) des migrants détenus et vendus comme esclave en Libye mais aussi les autres formes d’esclavages comme en Mauritanie, Liban, Arabie Saoudite mais aussi les maltraitances gratuites que subissent les noirs partout dans le monde (en Chine, Inde, Republique Dominicaine, USA, Bésil et même en Europe), il faut savoir s’adapter aux règles du jeu en vigueur dans ces pays.

Il faut, premièrement créer un émoi collectif, massif, public. Il faut faire parler de soi et des revendications portées. Ensuite, il y a le temps pour ceux qui ont le pouvoir d’agir de faire leur part (monde politique ou économique) comme prendre des décisions. Et à notre tour nous nous devons de voir si ces mesures cadrent avec nos attentes ou pas et alors y donner une suite favorable ou pousser un peu plus, exiger d’avantage et amplifier le mouvement si il faut. Le boycott économique peut s’avérer être une arme aussi mais à utiliser à bon escient et avec intelligence. Car un boycott où il n’y a pas d’alternative sérieuse, accessible et concurrentielle, tuera l’initiative de départ. Pourquoi? Parce que face aux dures réalités de la vue quotidienne, l’être humain de ce siècle se relâche vite et à facile à retourner à ce qu’il avait vomit.

Le pêché des organisateurs des grands rassemblements dans nos communautés est le manque de suivi d’un dossier, d’une affaire. Combien de mobilisations n’avons-nous pas connues et qui ont bouleversées les nôtres mais qui, quelques mois après, sont déjà oubliées? Une année après aucun rappel, aucun suivi? Il y en a légion. Ceux qui vivent en Belgique se rappelleront des années 2014 et 2015 et leurs vagues de violences policières répétées contre des personnes de la communauté africaine. Des affaires restées sans suite, soit parce que les victimes se sont relâchées ou ont décidées de « calmer les choses » ou parce que nous n’étions pas assez touchés dans nos chairs par les faits.

Ceci soulève à nouveau, encore une énième fois, la nécessité d’un observatoire qui va répertorier ces cas et affaires, suivre leurs évolutions et informer les mouvements, associations et collectifs d’activistes afin que ces derniers se mobilisent pour enclencher des actions adéquates. Nul besoin d’avoir des personnes à payer (avec des subsides de l’état, chose dont je suis contre) juste de lister sur un site ou une page Facebook les affaires et les manifestations ayant eu lieu pour X ou Y raisons dans la communauté et envoyer des rappels mensuellement ou annuellement aux acteurs associatifs, économiques, politiques et particuliers.

Le problème de la mémoire, se rappeler une chose et faire en sorte que d’autres n’oublient pas à leur tour et transmettent le flambeau. Si nous avions pu tenir compte des avertissements de certains des nôtres juste après l’assassinat de Kadhafi, voire bien avant même nous aurions pu anticiper et prévenir les nôtres ici et au pays, mais aussi aurions nous pu mobiliser différemment et avoir un impact positif plus grand, ou simplement différent des réactions habituellement enregistrées par ceux chez qui nous vivons mai saussi des nôtres qui préfèrent se tenir à l’écart de leur propre communauté.

Cependant, soyons honnêtes, et avouons notre impuissance à changer radicalement les choses de par nous-mêmes, j’entend par là, nous qui ne sommes pas les instances politiques ou économiques internationales et africaines, surtout les états africains, la plupart travaillant de mèche (consciemment ou inconsciemment) avec ceux qui pillent l’Afrique. Notre force première est d’abord celle d’un lanceur d’alerte, celle du gardien qui se tient à la brèche.

Ce qui pousse les africains à migrer, au péril de leur dignité, de leur intégrité physique, de leurs vies, c’est le génocide économique. C’est la GUERRE que l’Oxydant (oui, Oxydant au lieu de Occident) ainsi que le reste du monde livre à l’Afrique sur son sol, mais aussi contre ses populations, contre son environnement, contre ses cultures ancestrales, bref, contre son paradigme.

Je terminerai par des affirmations que nul ne pourra contredire, les responsables de l’esclavagisme en Afrique (contre les noirs et hors d’Afrique) sont:

1- L’Oxydant (états, institutions et entreprises privées) qui mène une guerre contre l’Afrique et les africains depuis qu’il (l’Europe) a mis les pieds en Afrique, il y a 5 siècles, suivi depuis par l’Orient (Chine en tête) qui fait « de son mieux » (et le fait très bien) pour damer le pion aux « oxydantaux ».

2- Les « chefs » d’état africains (et les institutions africaines) qui se comportent en collabos, sous-préfets coloniaux de la prédation et de la guerre que subie l’Afrique soit en ployant les genoux, le dos et la nuque pour recevoir des coups et le redistribuer aux peuples, soit qui voulant bien faire mais manquant d’alliés solides sur le continent et hors du continent se retrouvent « piégés » et immobilisés.

3- Les peuples que nous sommes qui, par notre lenteur à agir, de nous mobiliser (physiquement, spirituellement et économiquement) manquons régulièrement les opportunités pour faire ce qui doit être fait dans le bon sens en faveur des nôtres où qu’ils soient.

Les schémas de la prédation nous les connaissons, les outils de la prédation, de l’aliénation et la neutralisation nous les connaissons. Mais que nous manque-t-il? Le courage de s’investir personnellement sans attendre un leader ou un sauveur. Le sens du sacrifice, celui de se dire que notre vie n’a de sens que si elle sert une cause plus grande que nous. La rigueur qui sous-entend l’endurance, savoir tenir dans la durée. Car démarrer en trombe est accessible à tous mais tenir sur la distance n’est que pour ceux qui ne voient pas le Doigt qui pointe mais la Lune qu’on leur montre.

Leave a Comment