Mon interview pour Kamita-Mag au sujet de Kemetos

Publié le 20 février 2016, par Ralf Touomi

Après son dernier ouvrage Chroniques de l’Empire Ntu, Momi M’Buze nous revient avec une nouvelle saga de science-fiction africaine qui promet de belles surprises. L’auteur annonce la sortie de Kemetos cet été et décortique la science-fiction comme genre littéraire ainsi que la façon dont elle est considérée par le public africain.

Écrivain congolais, Momi M’Buze est âgé de 36 ans et père d’une petite tribu de 3 enfants. C’est un passionné de l’écriture mais surtout d’un genre littéraire plutôt complexe : la science-fiction. Depuis les débuts de ses aventures romanesques avec son 1er ouvrage : Chroniques de l’Empire Ntu, jusqu’à ces jours avec Kemetos, l’auteur Momi M’buze poursuit l’aventure fictive. Ce Kemetos, devrait énormément plaire aux lecteurs car l’auteur y a mis le meilleur de l’anticipation pour l’Afrique, les africains et les afro-descendants. « Je vais vous faire aimer le 23ème siècle, le futur, les voyages spatiaux, et « autres » vus par un africain dans un paradigme afrocentré assez réaliste », confie-t-il. Il termine en lançant comme invitation : Parlez-en autour de vous, faites tourner l’information. Merci encore pour le soutien. » 

Du soutien, il n’est pas vain d’en demander. Quand on sait la peine qu’on les oeuvres écrites à prendre corps dans une société ultra moderne où la technologie tend de plus en plus à mettre les livres dans les oubliettes, la bataille est double lorsqu’il s’agit d’auteurs africains spécialistes de science-fiction. Non pas que la science fiction est un genre littéraire mineur. Bien au-contraire par sa complexité, c’est un genre littéraire qui requiert assurément un travail énorme autant chez les auteurs que chez les lecteurs afin que la trame de l’histoire soit bien perçue de chaque côté. Momi M’Buze nous donnera entre autres son point de vue sur le poids de la science fiction comme oeuvre littéraire à part entière, son expérience en tant qu’auteur africain, et son regard sur la science-fiction dans les années à venir, particulièrement vers le continent africain.

Rencontre

Bonjour Momi M’Buze. Que peut-on savoir comme résumé sur l’homme que vous êtes ?

Je porte le nom de M’buze Noogwani Ata Ye Mieko Momi, né à Kinshasa en 1979 (issu d’une famille nombreuse) donc 37ans cette année. Marié depuis 7 ans et papa de 3 adorables enfants. Je vis en Belgique depuis environ deux décennies et je travaille dans le secteur bancaire mais je suis aussi président d’une asbl panafricaine BANA MBOKA, co-fondateur de la plate forme ingeta.com. L’écriture n’est pas une profession pour moi, même si elle m’accapare souvent du temps que je pourrai en faire une profession.

Votre actualité littéraire est marquée par la sortie cet été d’une nouvelle oeuvre. Mais avant d’en parler, quid du précédent ouvrage, Chroniques de l’Empire Ntu ?

Les Chroniques de l’Empire Ntu sont un ensemble de trois volumes, Tome 1: Genèse et conquête ; Tome 2 : la forteresse de KAtombé-Mongè ; Tome 3 : la restauration de l’empire, sur un empire séculier. L’histoire se déroule dans ce que l’on pourrait appeler le moyen-âge, si on se réfère au calendrier judéo-chrétien. En dehors de ces trois livres, il y a aussi les hors séries qui racontent l’histoire des principaux personnages dont le premier le Jamaanu Ancien est déjà sorti. Beaucoup de lecteurs le considèrent, à raison, comme la réponse africaine au Seigneur des Anneaux de Tolkien ou simplement que la litérature africaine a enfin son « Seigneur des anneaux ».

Revenons-en au nouveau roman, Kemetos

Kemetos, le Nouveau Paradigme. La sortie du livre 1 « FORTIFICATION » sortira courant juin-juillet 2016. Il y est question de l’Afrique au 23ème siècle, devenue les Etats-Unis d’Afrique, dans un contexte de renouveau de son génie et de sa puissance mais aussi d’un risque de déstabilisation voire destruction sans précédent de toute son histoire depuis des millénaires.

Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement sur la science-fiction ? Vous imaginerait-on écrire sur un tout autre genre un jour ?

C’est la possibilité de faire de l’anticipation. De partir d’une situation réelle et de faire une extrapolation futuriste. Ce qui me plait c’est que chaue jour, je lis des informations qui me confortent dans la direction d’écriture que j’ai pris avec Kemetos car je lis beaucoup d’actualité sur une Afrique qui avance, doucement mais surement. Mais aussi des découvertes scientifiques qui confirment plusieurs hypothèses et projections que je fais dans cette série qui sera composée de 7 livres : 6 livres chronologiques et un préquel.

Il semblerait que le public africain n’est pas encore énormément friand de science-fiction comme roman. Est-ce un fantasme ou une réalité ?

C’est une réalité mais je dirai que c’est surtout le public africain francophone qui est un peu bloqué sur de la littérature sociologique, politique et religieuse. Là où les anglophones sont déjà trois pas plus loin à produire des animations, dessins animés, films et autres produits de science fiction comme l’Afrique en a réellement besoin.

Pourquoi la science fiction au cinéma séduit-elle plus facilement ? Le cinéma est-il le bourreau du livre ?

Je pense qu’elle séduit car elle nous permet de nous projeter vers le futur. Elle nous donne à nous imaginer un ou des futurs. Mais il y a aussi le genre péplum comme Gladiator ou Epic Fantasy comme le Seigneur des anneaux. Le monde a de plus en plus besoin de rêver, s’émerveiller et se projetter dans un ailleurs fictif. Et cet ailleurs fictif commence par le livre, dont la plupart des meilleurs films du cinéma sont tirés. Donc non le cinéma n’est pas le bourreau du livre, c’est plutôt la contrainte sociale qui est le bourreau du livre. Car lire veut dire avoir du temps, hors nous disposons de moins en moins de temps pour les choses importantes et plus pour les choses futiles…

On a encore en mémoire le chef d’oeuvre Matrix dont on sait l’origine africaine. Pensez-vous qu’une science fiction signée par un africain a moins de chance d’être propulsée dans les grandes salles de cinéma à l’inverse d’auteurs occidentaux ou asiatiques ?

Tout dépend de celui qui veut le projeter à l’écran. Maintenant c’est vrai, on ne va pas le nier qu’il y a une approche raciste de la part de certains qui ont essayé de masquer la presence des noirs dans le cinéma, surtout dans le rôle de scenariiste. Et pour en revenir à la précédente question, Matrix est tiré d’un livre écrit par la soeur Sophia Stewart intitulé « le 3ième oeil ». Donc une fois de plus, le livre a été l’étape précédent le film. Et il existe beaucoup de bons livres de science fiction que n’attendent que d’être adapté au cinéma comme la série « Fondation » du grand Isaac Asimov.

Je suis la Raison pour laquelle mes Ancêtres ont existé ; I’m the Reason why my Ancestors have existed ; Tina ya ko zala nga lelo, e wuti na ko zala ya ba Koko na nga ba leka.

Momi M'Buze, auteur : Les Chroniques de l'Empire Ntu

Momi M’Buze, auteur : Les Chroniques de l’Empire Ntu

Des experts prédisent toutefois que l’Afrique dans les prochaines années sera le coeur de la science fiction que ce soit sur le plan littéraire ou cinématographique…

Le coeur de la science fiction ? Je n’irai pas jusque là. Je dirai plutôt qu’il y aura de plus en plus de consommateurs africains (sur le continent africain) de littérature de science fiction et d’aventure fantastique. Et cet engouement va booster les industries de l’image, donc le cinéma africain. Le plus important selon moi serait que les auteurs africains s’inspirent des cultures, de l’histoire et des mythologies africaines qui ne demandent qu’à être exploitées car il est question de la sauvegarde de nos cultures et du paradigme qui va avec.

Et vous, que voulez-vous apporter au lecteur dans chacun de vos scénarios ?

Moi, j’aime pousser le lecteur à se poser les bonnes questions sur le passé, le présent et l’avenir du plus vieux continent. Il y a des données, des informations scientifiques et philosophiques que l’on amasse mais qu’il faut vulgariser afin de les transmettre à un maximum. Quoi de mieux que la fiction? Une fiction écrite autour et avec pour fondation des faits et des données historico-scientifiques et philosophiques qui nous renvoient à nous, à ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous serons.

Entre science-fiction et réalité, il y a toujours un lien qui n’est pas nécessairement évident mais qui avec les années peut s’avérer plus apparent. Quelle est la démarche que vous utilisez pour vous éloigner de la réalité mais en même temps, questionner le lecteur pour l’amener à se dire que ce n’est pas si improbable que ça. Du point de vue scientifique, moral, etc.

Disons qu’à ce niveau là c’est super simple. Je ne fais que prendre des éléments connus, que je retravaille et met par ecrit ou alors des éléments de reflexion philosophique que je met en avant par des mises en situations. En tout cas, un vrai auteur de science fiction n’écrit pas des choses fictives. Ce qu’il écrit c’est toujours sur base d’informations de son époque, de la connaissance de son passé et de l’avenir qu’il s’imagine pour lui, les siens, son peuple, le monde.

Pour un écrivain, que représente le succès ? Voir son oeuvre adoubée par les lecteurs ou voir son oeuvre adoubée par les producteurs/réalisateurs de cinéma ?

Disons que les deux vont de pair. Moi actuellement ce qui me fait vraiment plaisir c’est d’avoir des échanges avec des lecteurs sur le contenu de mes livres. Beaucoup m’écrivent pour en savoir plus sur tel ou tel point, tel ou tel personnage, tel ou tel fait etc… Le plus important pour moi c’est vraiment d’expliquer les choses et d’en dévoiler les codes et messages secrets. Ici il est question de succès pédagogique. Après si il y a le cinéma qui s’en mèle, pourquoi pas. Là il sera question de succès financier. Mais la pédagogie est très importante afin que le livre ne soit pas un de plus dans le genre fiction fantastique. Non, nous devons aller au-delà de la distraction et enseigner: « par tous les moyens possibles ».

Auto-critique. Quel est selon vous le plus grand obstacle qui fait encore face aux oeuvres de science fiction comme genre littéraire ?

La diffusion, sans aucun doute. Pas assez de diffusion, pas assez de promotion. Et au-delà, il y a ce désamour de la lecture. Peu de gens lisent vraiment en un mois. La promotion aussi manque énormement. Si aujourd’hui les Chroniques de l’Empire Ntu sont connues c’est parce que pendant deux années je me suis battu quasiment seul pour le faire connaitre. J’ai investi du temps et de l’argent pour que le message soit porté et il l’a été. Pour finir là-dessus, je dirai que les maisons d’éditions africaines se décident enfin à comprendre que la littérature afro-centrée ce n’est pas que les sciences, la sociologie, l’histoire ou la philosophie…

Momi M'Buze, "Kemetos, le nouveau paradigme"

Momi M’Buze, « Kemetos, le nouveau paradigme »

Est-on meilleur père parce qu’on écrit des romans de science-fiction ?

Non, je ne pense pas que cela fait de moi un meilleur papa. Disons que j’ai une imagination débordante qui me fait beaucoup écrire mais aussi inventer chaque soir une nouvelle histoire qui fait rire ou réfléchir mes enfants. Plus tard, je pense qu’en me lisant mes enfants comprendront certaines choses et surtout ma vision de l’Afrique. Ce sera un message pour eux, une indication de l’idéologique panafricaine qu’est la mienne. Mais dans l’immédiat, non ! Pas d’impact direct sur mes enfants. juste le plaisir de savoir qu’ils savent où se trouve l’Afrique, où je suis né, d’utiliser des réferences à l’Afrique quand elles jouent, de donner des noms africains à leurs poupées, etc.

Que peut-on souhaiter à ce jour à Momi M’Buze ?

D’avoir du temps pour écrire et lire, ainsi que dormir un peu plus (rires). Non plus sérieusement, je dirai de continuer à écrire, à raconter des histoires qui nous reconcilient avec nous-même et qui nous rendent fières de ce que nous Etions et de ce que nous sommes. Mais pour celà, j’ai besoin d’avoir du temps et de l’énergie.

Des projets à venir ? 

Disons que mes projets tournent beaucoup autour de l’écriture mais aussi de mon activisme panafricain. Pour l’écriture, il y a la série Kemetos dont le premier livre est prévu pour cet été mais un e-Book gratuit sortira un peu avant. J’ai aussi d’autres romans qui n’attendent que je trouve du temps pour m’y consacrer pleinement : MAMBA MWUSI, le Dragon d’Afrique, roman d’aventure sur fond de victoire ethiopienne sur l’italie et de la traite arabo-musulmane. TUMANI, le fils des Etoiles, de la science fiction à nouveau mais nous plongeons cette fois là dans le mystère des civilisations disparues. Je cogite aussi sur deux autres romans : un de type « mission impossible » afro, un de type romantique « afro-love » et un dernier de type « fin du monde » avec au centre une famille africaine qui se termine avec trois fins alternatives.

Pour le côté activiste… Je dirai qu’il vaut mieux me suivre sur sur les réseaux facebook et twitter. Par ailleurs, via mon association Bana Mboka, il y aura des conférences dont une : « L’Afrique au secours de l’Afrique, les femmes Noires dans l’histoire. L’événement aura lieu ce 12 mars à Bruxelles. Aussi, Campus Congo que j’organise le 20 février sur le thème : la Jeunesse et le processus démocratique au Congo-Kinshasa. Puis nous aurons le Kwanzaa Belgium 2016 en fin d’année au mois de décembre.

Quelle actualité vous a marqué ces dernières semaines, ou quel est le dernier livre en dehors des votres, que vous avez lu ?

Sur le plan de l’actualité, je suis de près ce qui se passe en Afrique surtout, c’est-à-dire toute actualité forte, heureuse comme malheureuse. Je pense à ce qui se passe avec ces tarés de Boko Haram, la victoire des Léopards à la CHAN 2016 où comment un coach local met fin au mythe du sorcier blanc recruté pour faire gagner une équipe africaine. J’en profite pour dire bravo au coach Floribert Ibenge. Comme autre actualité, l’arrestation et détention des jeunes activistes congolais prisonniers politiques du régime Kabila, spéciale big up à Fred Bauma, Yves Makwambala, Jean-marie Kalonji et bien d’autres dont nous réclamons la libération immédiate et sans condition.  Quoi d’autre ? Le réveil de l’amérique blanche qui se rend compte que Béyoncé est Noire (rires). Et biensur l’excellente performance du frère Kendrik Lamar au Grammy !!!
​ Mes lectures du moment ? Disons que je suis sur deux ou trois livres à la fois : « Aube de Fondation » d’Isaac Asimov, « Sagesse Africaine » de Malidoma Patrice Somé, « Critique de la raison nègre » d’Achille Bembe et « Le rêve africain du Ché »​.
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Momi M'Buze, Sagesse Africaine...

Momi M’Buze : Je suis la raison pour laquelle mes ancêtres ont existé

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