MISE AU POINT SUR LA RUMEUR D’INSTALLATION D’UNE BASE FRANCAISE AU CAMEROUNE

LE CAMEROUN N’A JAMAIS AUTORISE LA FRANCE A INSTALLER UNE BASE MILITAIRE SUR SON TERRITOIRE – LA QUESTION DU SÉJOUR DU PRÉSIDENT PAUL BIYA EN SUISSE

Par Jean Pal Pougala

Vous êtes nombreux depuis ce matin à me solliciter pour savoir si le Cameroun a autorisé la France à installer une base militaire sur son territoire. Je n’ai pas l’habitude de commenter les fausses nouvelles visant à nuire à la réputation de notre pays. Elles sont si nombreuses tous les jours, savamment distillées par certains camerounais pour des raisons qui me sont toujours obscures. Mais après vérification, je peux affirmer qu’il n’y a rien de nouveau dans les accords militaires entre la France et le Cameroun qui désormais ont une validité de 5 ans et non plus de 50 ans. Et comme ils ont été approuvés par le parlement français sous François Hollande en Automne 2012, il faudra attendre 2017 pour savoir s’ils seront modifiés ou non. Et d’ici là, nous nous en tenons aux accords en vigueur qui stipulent à l’Article 2, Alinéa 2 non seulement le nombre maximum de militaires français qui peuvent se trouver sur le sol camerounais, c’est à dire 15 (quinze), mais aussi l’objet de leur séjour : Logistique. Il est donc clair qu’il ne peut pas y avoir de troupes militaires françaises combattantes sur le sol camerounais, parce que cela violerait ces accords, soit pour leur nombre que pour leur mission.

La Lutte contre Boko Haram est dans sa phase terminale. Il faudra peut-être des années pour revenir à la situation de paix pérenne comme avant. Mais le gros du travail a déjà était fait. Nous y sommes parvenus sans recourir à des forces étrangères, même à l’Afrique centrale. Est-ce qu’au moment où on doit se préparer à fêter notre victoire que nous devons compliquer les paramètres de l’équation de notre sécurité nationale ? Faut-il rappeler que la France a réduit de moitié le nombre de ses militaires présent en Côte d’Ivoire et pour des raisons économiques ? La France n’a pas d’argent pour mettre ses troupes partout. Ce sont les Qatari qui financent son stationnement au Mali et au Tchad. Et s’il fallait intervenir contre Boko Haram, qui des forces spéciales camerounaises (BIR) et les militaires français ont plus de compétence pour le job ? Et pourquoi les français n’aideraient pas directement le Nigeria qui est la base opérationnelle de Boko Haram ? Depuis des mois, on tente par tous les moyens, sans y parvenir, de décourager l’armée camerounaise. C’est oublier dans quelles conditions drastiques ces forces spéciales sont formées. Comme de nombreux camerounais empruntant la route nationale menant de l’Ouest à Douala, j’ai vu moi-même le semaine dernière ces BIR complétant leur formation, en parcourant à pied, avec un sac au dos bien pesant, la route de Bamenda à Douala : 400 km avec des exercices d’attaques et contre-attaques surprises tout au long du parcours. Pour revenir à l’origine du document de l’intox, qui parle de ce fantomatique accord pour installer les forces militaires françaises au Cameroun, il cite pour sa source une dépêche de l’agence d’information Reuters et donne même le lien. Sauf que lorsqu’on clique sur ce lien, cela renvoie au site web du magazine français Challenge où la dernière dépêche Reuters parlant du Cameroun date du 4 février 2015, au sujet d’un massacre du Boko Haram dans un village du nord du Cameroun.

En conclusion, apprenez à utiliser votre propre cerveau pour éviter de vous faire manipuler. Surtout, faites l’effort de ne pas relayer des informations qui ne contribuent pas à protéger nos intérêts, mais plutôt à nous causer préjudice. Et n’oubliez jamais que le premier terrain de guerre contre le Cameroun est sur le plan médiatique.

Deuxième thème de vos multiples questions : LE SÉJOUR DE PAUL BIYA EN SUISSE Vous êtes tout aussi nombreux à m’écrire pour me demander de commenter les accusations contre le chef d’Etat camerounais de partir pour l’étranger alors qu’il y a une guerre dans le pays. Mais aussi, à m’avoir envoyé une vidéo de ces camerounais devant un hôtel de Genève, demandant mon commentaire. Lorsque je refuse de vous répondre, ce n’est nullement parce que je fuis une question. Mais comme j’ai eu l’habitude de le dire, nous sommes en guerre et la moindre information que nous faisons circuler peut tout aussi être exploitée par nos ennemis, contre nous, contre le moral de nos militaires au front. Mais dans ce cas précis, il faut retenir quatre choses :

1- Si le chef d’Etat camerounais se rend en Suisse, alors qu’il y a la guerre dans son pays, c’est bien la preuve qu’il a la situation sous contrôle et qu’il sait d’avoir fait le gros du boulot. C’est bien ce message qu’il veut faire passer à nos ennemis. Il ne faut jamais oublier qu’en guerre, chaque geste est analysé par le camp adverse. Et comme le camp ennemi fait une analyse géostratégique, il arrive forcément à la conclusion qu’en temps de guerre, vous n’abandonnez votre base arrière que si vous êtes certains de l’avoir complètement sécurisée.

2- Est-il mieux pour un dirigeant africain d’aller dans une maison privée ou dans un hôtel lors de ses déplacements privés ? Chacun aura sa préférence, mais moi je préfère l’hôtel, pour des raisons de sécurité. Dans l’hôtel Intercontinental qu’on voit dans la vidéo, et qui se trouve au centre de Genève, il y a en permanence 5 ou 6 chefs d’Etats du monde d’entier de passage ou en séjour court ou long. C’est un endroit où l’espionnage est très actif, mais c’est aussi l’endroit approprié pour les services du contre-espionnage camerounais de montrer de quoi ils sont capables. Et si depuis des années ce lieu est préféré, c’est qu’ils sont en mesure d’assumer le job qu’on attend d’eux. Une maison privée aurait été truffée de micros qu’il serait difficile à détecter avant quelques jours. Alors qu’habituellement, les suites de ces hôtels sécurisés sont le plus souvent attribuées de façon aléatoire à l’arrivée d’un chef d’Etat, en suivant un protocole très complexe que moi même, j’ai du mal à maitriser et tant mieux pour la sécurité des occupants.

3- Pour un chef d’Etat africain, c’est mieux de séjourner régulièrement à Genève à Washington, à Londres ou Paris ? On ne peut pas se plaindre de la France-Afrique ou bien dénoncer l’ingérence de Obama dans la politique africaine et en même temps se plaindre du fait que son président choisisse pour ses séjours à l’étranger un pays autre que la France, les USA et le Royaume Uni. La diplomatie suisse est neutre dans les affaires regardant de près ou de loin le Cameroun et c’est la raison principale du choix de cette destination pour les séjours privés par de nombreux chefs d’Etat asiatiques et sud-américains.

4- Mais pourquoi Genève ? Genève est l’endroit idéal pour nouer des accords internationaux de tout genre. A la télévision, nous voyons juste lorsque le chef d’Etat camerounais reçoit des investisseurs et signe de nombreux accords. Ce qu’on ne sait pas est : que ce soit les coréens, les indiens ou les turcs, les toutes premières rencontres physiques avec ces investisseurs se seront pour la plupart déroulées dans ce fameux Hôtel Inter-Continental de Genève. C’est labas que s’effectue une sorte de tamis. Et n’arriveront à Yaoundé que ceux qui auront été retenus crédibles sur le plan financier et opérationnel pour mener à bien un certain projet. De Genève, il est surtout facile de contrôler la crédibilité financière de toute personne et éviter que des aventuriers soient retenus par erreur. Nous ne sommes pas encore maîtres de notre propre satellite pour éviter que soient interceptées certaines de nos conversations depuis Yaoundé. Alors c’est très souvent le face à face qui se révèle obligatoire. Et où ? Sur un terrain neutre bien entendu. Genève ! On peut bien se demander : pourquoi le chef d’Etat camerounais a besoin de mener certaines opérations lui-même au lieu de les confier aux collaborateurs ? Je n’ai pas de réponse à cette question.

MISE AU POINT

Je ne suis pas le porte parole du gouvernement camerounais. Je ne suis qu’un penseur qui se limite à dire ce qu’il pense par rapport aux événements qui nous arrivent. Je n’ai donc nullement la prétention de fournir ici le point de vue officiel du gouvernement camerounais qui a des personnes compétentes pour le faire et répondre en temps qu’elles jugent opportun, à vos inquiétudes et questionnements. N.B : la semaine dernière, le président russe Poutine se trouvait lui aussi peut-être à Genève. Les médias américains ont beau spéculer qu’il avait été victime d’un coup d’état ou qu’il y allait voir sa compagne qui avait accouché, mais il n’a jamais répondu pour dire où il était et qui il avait effectivement rencontré durant ce temps de silence. Cela s’appelle « Secret d’Etat ». Ce qui est valable pour la Russie, l’est aussi pour le Cameroun.

QUELLES LEÇONS POUR L’AVENIR ?

J’ai le regret de constater qu’alors qu’aucun chinois de l’étranger, aucun indien de l’étranger, aucun brésilien de l’étranger ne formulera la moindre critique pour nuire à l’image de son pays, au Sud du Sahara en général, il y a une certaine diaspora qui joue au « qui perd gagne ». Lorsque hier avec les attentats de Tunis qui a fait 22 morts, le quotidien français LIBÉRATION a mis en anticipation de la version papier d’aujourd’hui 19/03/15 , à la une de son site web le titre « LA TUNISIE C’EST FINI ! », ce sont les tunisiens de France qui sont montés au créneau et ont contraint le journal à immédiatement retirer ce titre pour eux inacceptable, et le remplacer par un autre qui ne nuise pas à l’image de la Tunisie. Est-ce que les Camerounais de France ont eu une telle réaction face à la campagne de déstabilisation que mènent les médias français ou publiés à Paris, depuis des mois contre le Cameroun, dont le champion est le quotidien

LE MONDE ? NON !

Alors à quoi nous sert-elle cette frange nuisible de la diaspora, le plus souvent composée de vrais incultes qui passent leur temps derrière leur écran d’ordinateur à agencer de fausses informations pour salir notre pays, sous prétexte de parler de démocratie ?

 

par Jean-Paul Pougala Douala, le 19/03/2015

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