Le militantisme Pro Afrique: racines, actions & maux

L’histoire du militantisme des noirs en général et des africains en particulier ne date pas d’hier. Militantisme veut dire revendication, insatisfaction, révolte et affirmation de ce que l’on est. Le militant est celui qui prend fait et cause pour un groupe de personnes ou pour un ensemble de valeurs humaines. Le militant donne de son temps, de son énergie et de son argent pour faire avancer une cause, la soutenir et surtout opposer une résistance passive par des moyens adaptés à l’oppresseur.
RACINES DU MILITANTISME « PRO AFRIQUE »
Je me définis, avant tout, comme Mu-Ntu (singulier de Ba-Ntu) en référence à mon socle spirituel ancestral qui est commun à près de 80% des peuples noirs d’Afrique et d’outre océan. Les frontières tracés par l’occupant européen lors de la conférence de Berlin, sont ce qu’elles sont sur le plan géopolitique mais elles ne me définissent plus. je me définis ensuite comme Africain, en référence aux coutumes, aux cultures et surtout à l’histoire qui est propre aux peuples de ce continent.
Notre Histoire, nos origines, voilà d’où notre militantisme tire ses racines. Tout vient de là, tout à commencé là et tout se terminera là. Nous revendiquons plus de justice pour nos semblables en Afrique, Caraïbes, Amériques et ailleurs, la reconnaissance par l’occident et ses officiels des actes ignobles durant les occupations européennes ainsi que des réparations pour les crimes commis contre nos peuples, nos sociétés, notre civilisation. Certains à ce jour, touchent des « réparations » pour un crime contre eux qui n’a duré que six années. Imaginez ce que devrait nous payer l’Occident pour 550 années de crimes…
ACTIONS DU MILITANTISME « PRO AFRIQUE »
Il y a une constante depuis, on va dire, dix ans: l’organisation d’événement de prise de conscience, de partage de la connaissance et de l’appel à la mobilisation comme avec l’initiative de l’association Urgence Panafricaine contre le Franc CFA avec en figure de proue, son initiateur le Ndeko Kemi Seba. Les communautés africaines sont, depuis au moins dix ans, dans une phase de démarrage long ou lent, c’est selon. Certains aimeraient que ça aille plus vite afin que nous fassions déjà la révolution, que nous prenions d’assaut le siège de l’Union Africaine, que nous déboulonnions des criminels africains, etc… Et d’autres aimeraient que nous allions bien plus loin dans la connaissance du Nous, c’est à dire la connaissance profonde de ce que nous étions, d’où nous venons, comment nous sommes structurés, nos croyances, nos coutumes, nos lois, nos royaumes, nos sciences, etc… avant de prétendre prendre « la Bastille ».
Il y a ensuite, en second lieu, les initiatives de réseautage professionnels afin de favoriser les contacts, les échanges d’informations, d’opportunités comme les Afro’Péros de Bruxelles de la Ndeko Christelle Pandanzyla et les initiatives de formation à l’instar de l’Institut Kimpa Vita du Ndeko Kambale Musavuli et African Summer School, initié par le Ndeko Mambulu Ekotshu Fortuna, qui se fait à Vérone en Italie et qui s’internationalise depuis peu.
Viennent ensuite les actions économiques comme celle du #ConsommonsAfro, #SupportBlackBusiness, #SupportAfricanBusiness, #BuyAfro, etc… qui consiste à acheter un produit, un livre, un service à un créateur, producteur ou détaillant africain et en parler sur son profil Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat et autres, afin d’inciter les autres africains à faire pareil et ainsi aider à booster les ventes de ces frères et sœurs africains. J’appelle ça le militantisme pratique.
A la fin des fins, il y a le militantisme institutionnel ou le militantisme discret voire silencieux. Ce dernier se fait hors des réseaux sociaux, dans les cercles d’influence, dans les lobbys (si biensur on fait partie d’un lobby qui pèse au profit de tous et pas d’un groupe ou pays ou régime africain en particulier comme j’en connais en Belgique). Afin de protéger ce militantisme, ceux qui le pratiquent ne s’affichent pas sur les réseaux sociaux comme les pratiquants des autres militantismes. Les militants institutionnels, on en connait un peu tous, mais beaucoup agissent même sans que nous le sachions car ils sont porteurs d’idéaux qui sont les nôtres, ils se nourrissent de l’énergie des militantismes cités ci-haut pour, à leur tour, porter le « message » ou plutôt poser des actions dans le sens de nos revendications dans une certaines mesures et selon les contraintes de leur position. J’en profite pour saluer certains d’entre eux que je connais personnellement mais qui insistent sur le caractère confidentiel de leurs positions. Ces militants là, sont des politiciens, des cadres dans des institutions privées ou publiques, des entrepreneurs et autres.
MAUX DU MILITANTISME « PRO AFRIQUE »
Je vais en étonner plus d’un par ce que je considère comme le mal la plus important qui touche le militantisme pro africain. Ce n’est ni l’origine « ethnique », ni le clivage religieux et encore moins l’appartenance nationale, celle des frontières que beaucoup des activistes africains qualifient d’enclos coloniaux. Non, le mal le plus important qui touche le militantisme africain: c’est le manque d’argent. Bien que l’idéologie ou la spiritualité soit très importante, on ne peut pas mobiliser ou faire des actions importantes dans l’espace et le temps sans argent. Il y a toutes sortes de choses qui aideraient le militantisme africain si, via une structure de coordination ou des donateurs généreux à des structures ayant pignon sur rue et de bonne réputation, l’argent n’était pas constamment un problème.
Pourquoi l’argent est un problème? Parce que face à la précarité ou à la pauvreté chronique et constante des nôtres, la corruption a souvent facile à passer comme un mal nécessaire, c’est à dire, accepter une somme d’argent pour modérer son discours ou influer sur d’autres pour infléchir et adoucir leur position, ou sinon, simplement faire éclater un groupe dont la cohésion à la base n’est pas bonne. Il est aussi un problème lorsque la communauté doit réagir à un besoin urgent, au pays ou à l’extérieur du pays où vivent nombreux d’entre nous aussi, comme payer un bon avocat pour défendre un des nôtres ou se saisir d’un dossier de discrimination ou de négrophobie, mobiliser rapidement des fonds pour aider des populations d’Afrique face à une catastrophe naturelle ou humaine (guerres et violences), soutenir des entrepreneurs sur le continent, organiser des voyages de rapatriement d’initiation ou de « première fois », des circuits de visites historiques, etc… Bref, on ne peut pas juste dire « On veut avoir ceci », non, il faut un moment arriver à dire « Nous pouvons avoir ceci ». Et Pouvoir va avec avoir les moyens de…
Tout activisme militant qui ne s’accompagne pas d’un militantisme économique, c’est à dire créer de la richesse qui renforcerait la communauté, aura du mal à atteindre ses objectifs car on ne combat pas un système avec des bonnes intentions seulement en déclamant son histoire, ses droits et sa culture. Le pouvoir ne respecte que le pouvoir, la puissance ne respecte que la puissance. Il nous faut pousser plus loin, non seulement dans la profondeur, par la connaissance du Nous mais aussi dans la hauteur par l’accumulation des moyens financiers, matériels et humains qui, mis ensemble, ne pourront que nous rendre puissants, respectés et en accord avec nous-mêmes, notre paradigme.

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