Littérature Africaine et l’Imaginaire

Nous écrivons énormément sur les sciences: sciences appliquées ou théoriques, les sciences dites dures et autres, ainsi que la philosophie, la spiritualité, la religion, la politique et divers sujets annexes à ceux cités. Mais c’est à mon grand étonnement que depuis 2013, date à laquelle je me suis lancé dans la littérature fiction, que j’ai constaté une réelle carence en terme d’ouvrages fictions dans la littérature africaine francophone, je le précise.
Mon observation, qui n’est pas une généralité, est due au fait que depuis quatre à tous les événements africains où la littérature est présente sous forme de stands de vente ou par l’intervention d’auteurs africains qu’il n’est jamais question de fiction, l’imaginaire semble absent, relégué à la catégorie divertissement, ghettoisé comme l’était encore la musique rap dans les années quatre vingt.
LES CAUSES
La première cause est sans doute due au fait que l’Afrique veut apprendre sur lui et se « développer » à tous les niveaux pour rattraper le retard dans lequel l’oppression du monde Occidental l’a maintenu. Alors, une production abondante en a découlée, non seulement des écrits nouveaux, c’est à dire d’auteur récents mais aussi la réédition des écrits d’anciens auteurs. Le tout a produit une énorme quantité de livres à caractère scientifique ou académique de propagation de connaissance.
L’autre cause, qui va de pair avec la première, est due au fait que les principaux auteurs africains sont issus d’un circuits académique issu de la colonisation ou de la décolonisation qui les pousse vers la production de connaissance en faveur de l’Homme Noir pour son développement et son épanouissement à la lumière du mal qui a été fait et continu d’être fait. Ces « intellectuels » produisent donc du contenu hautement intellectuel, scientifique et pédagogique. et ceci sous-entend que toute une partie de personnes pouvant écrire de la fiction ne le font pas car vivent avec un plafond de verre au-dessus de leurs têtes selon lequel pour se lancer en littérature, il faut avoir été diplômé ou posséder de solides connaissances.
Une autre cause est l’absence d’exemple, de romanciers fictionnels africains de succès. Car certains le savent sans doute, dans ce domaine le succès retentissant d’un auteur fait souvent des émules et suscite en d’autres l’envie de se lancer aussi dans l’écriture d’ouvrages de fictions souvent classés dans la catégorie livres pour enfants ou livres de distraction », le genre dont les pages sont arrachés et finissent en récipients improvisés pour les ventes d’arachides ou beignets dans les rues de Kinshasa, par exemple.
FAUT-IL PLUS DE FICTION?
La question n’est pas temps la quantité mais la qualité, je m’explique. Lorsque j’étais enfant, il y avait à Kinshasa un foisonnement d’auteurs de BD ambulants, ou ce qu’on devrait appeler des comics africains, c’est à dire des gens talentueux qui mettaient par écrits et couchaient au dessus des légendes et mythes avec des créatures fantastiques comme Satongé Bia, la créature avant un seul bras, un seul œil et une seule jambe et ne se déplaçant que de nuit dans les contrées isolés dans la forêt équatoriale. Une créature que j’ai reprise dans ma trilogie fantastique Les chroniques de l’Empire Ntu. Ces auteurs et dessinateurs excitaient l’imagination des enfants que nous étions pour nous faire rêver… ou cauchemarder, c’est selon. Mais il activait en nous une imagination que nous ne pensions même pas avoir pour rêver, croire, imaginer des créatures fantastiques.
Donc, il faut de la fiction mais de la fiction de qualité qui puisse nous faire rêver, nous faire déployer notre imagination. Et surtout qui nous raconte une histoire, telle ces histoires qu’enfants nous demandions à nos aînés, un grand-père, une grande-mère de nous raconter avant de dormir, comme je le fais avec mes enfants depuis des années.
LA FORCE DE LA FICTION
Un ouvrage scientifique te fait réfléchir, te fait croître en connaissance pour te permettre de forger le monde, ton monde, selon des méthodes scientifiques éprouvées. Il permet aussi de propager du savoir et repousser les limites de la psychologie d’une société selon des contextes définis et des contraintes avérées ou supposées. Un ouvrage scientifique a pour base la raison avant tout.
L’ouvrage fictionnel, quant à lui, fait un travail double, et ce en fonction de son auteur et de la connaissance dont il est dépositaire. Non seulement, l’ouvrage fictionnel fait voyager, rêver, fait « voir » à son lecteur des mondes et des possibilités infinies mais il faut aussi le lien entre ce qui n’est pas, ou pas encore, avec ce qui est. Entre le rêve et la science, entre l’immatériel et le matériel, entre ce qui est voulu et est déjà obtenu ou en voie de l’être. Les ouvrages de fiction, construisent le squelette de notre paradigme, de la projection du nous vers un futur, ou un passé ancien et nous permet de nous y connecter en permanence par des… images construites et insérées dans notre subconscient. Et c’est cette pensée du Nous qui permet à certains peuples même dans la défaite, de continuer à se voir grand et fort. A transcender ses échecs et en faire des récits de courage et de gloire. A occulter des faits sombres et humiliants pour en faire des pierres du souvenirs, ceux sur lesquels on s’arrête un moment pour réfléchir à ce qui s’était passé. Mais surtout la fiction nous lance des défis et interroge notre capacité à pouvoir être meilleur que les personnages dont il est question en remettant en question notre sens du courage, nos objectifs et priorités dans telles ou telles situation, de visualiser nos angoisses et d’anticiper certains événements en adoptant des réflexes intellectuelles et physiques comme ceux des personnages d décrits dans ces récits de fiction.
L’imaginaire est ce qu permet à un individu de s’affranchir de tout asservissement psychologique profond, celui du subconscient, grâce à des références imagées qui lui rappelleront qui il était, ce qu’il est et ce qu’il sera. Et cet imaginaire, défini le paradigme de la communauté, du peuple, de la nation à laquelle on appartient car elle puise ses racines dans les faits des anciens, des ancêtres, dans les mythes, dans les contes et légendes anciens mais aussi dans les récits futuristes mettant en avant le meilleur de ce que nous étions, de ce que nous sommes et de ce que nous serons, un jour.

Showing 2 comments
  • Diallo h.
    Répondre

    Bonjour, votre article m’interpelle énormément. Je me lance dans l’écriture d’une fiction africaine. Mais je manque de connaissance en matière de créature légendaire pouvant m’inspirer. J’en ai trouvé quelques uns sur internet mais je sens que je peux avoir tellement plus .
    Pourriez vous m’orienter ?

    • Répondre

      Bonjour,

      Super de connaître un confrère qui se lance de la littérature fantastique africaine.

      Ce que je peux vous recommander c’est, premièrement de consulter la mythologie de votre peuple pour voir ce qui existe et leur donner une dimension fantastique. Ensuite, ce que vous pouvez faire, c’est de consulter des sites africains pour y découvrir d’autres mythologies anciennes.

      C’est simple, vous allez sur Google et vous tapez « créatures fantastiques afrique mythologie ».

      J’espère vous avoir aidé.

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