THEATRE: « LES MURS MURMURENT » OU LA METHAPHORE DU PERE PARTIT…

Il y avait bien longtemps que je n’étais pas allé au théâtre, facilement une année. Ce samedi 25 juin, au Théâtre La Samaritaine, se jouait, depuis dix jours déjà, le spectacle LES MURS MURMURENT de l’actrice Babetida Sadjo. Un bout de femme originaire de la Guinée Bissau, cette terre d’Afrique dont elle parle souvent, avec passion et où j’aimerai me rendre un jour.

Les MURS MURMURES, j’en ai entendu parlé de la bouche de l’actrice elle-même alors qu’il n’avait pas encore de nom, juste des lignes, des écrits, des idées, un besoin de parler, de raconter, Les-murs-murmurent-affichede conter, de transmettre une histoire chère, personnelle, forte, puissante, d’une femme qui souffre non pas de l’absence de son père mais du départ de son père suite à une rupture parentale. Car un père peut n’être jamais séparé de la mère de ses enfants mais ne jamais être à la maison, toujours dehors entre les cuisses d’autres femmes ou un verre à la main avec des potes. Non, le père dont il est question est un père qui est partit ou plutôt que l’on a quitté, le laissant seul, sans et loin de ses enfants, de sa fille aînée.

LES MURS MURMURENT est un faux monologue. Babetida y joue seule ou presque car il y a constamment deux autres « acteurs » avec elle par le biais de sa propre bouche, de son propre jeu. La Maman qui est là, dans la vie de la Jeune Fille, le personnage dont il est question mais qui en même temps n’est pas là, comme beaucoup de mamans africaines de nos jours (et pas seulement elles) tout le temps en prise avec le travail pour gagner le pain quotidien et de quoi entretenir ses enfants. L’autre « acteur » est le Papa: absent, partit mais si présent, car il est l’objet même de la construction mentale, psychologique du personnage. Un personnage qui souffre de ne pas avoir ce Papa dans sa vie. Ces deux personnages, (se) parlent souvent, tout le temps, à travers la Jeune Fille, Babetida. Ils parlent autant qu’elle, voire plus, car de sa bouche ne sortent que des références sur l’attitude de ses parents, les mots et paroles de ses parents et surtout cette… notion du manque qui est si bien mise en scène par un décor apuré, minimaliste mais tellement… éloquant, bruyant, interpellant voire par moment saisissant.

LES MURS MURMURENT, enfin, parle à chaque homme, chaque père, chaque… géniteur masculin même. Cette nous interpelle sur notre rôle dans la construction psychologique d’un enfant par le bien que nous faisons ou pas, par les gestes d’affection que nous posons ou pas et surtout par l’accompagnement de l’enfant de sa croissance émotionnelle, mentale et spirituelle. Un père ne remplacera jamais une mère, et une mère non plus. Un enfant a besoin des deux, le plus près possible, le plus longtemps possible et le plus intensément possible.

Enfin, j’aimerai terminer par une note personnelle, mon sentiment sur la « pièce » car pour moi, le message est à un niveau bien plus important en rapport avec le paragraphe précédent. Je suis le papa de deux belles, intelligentes, chaleureuses, bruyantes, casse-pieds, chiantes, saoulantes, adorables, magnifiques, mignonnes etc… jeunes filles à qui je porte une affection cosmique… Et chaque mot, chaque phrase, chaque scène de la pièce jouée par Babetida raisonnait comme sortant de la bouche de mes filles. Je me suis bien souvent retrouvé projeté dans l’histoire du père partit qui manque à sa fille, mes filles. Tout me ramenait à mes filles: les moqueries des enfants du village, celles de leurs mères rayant le Jeune Fille de ne pas avoir de père, les violences à son égards, les attouchements sexuels, le viol qu’elle subi de la part du nouveau mari de sa mère, la perdition en Europe à cause de cette enfance sans référence, sans protection paternelle, tout ça… Je l’ai vécu, ressenti comme si une de mes filles l’avait vécu.

D’ailleurs, elles sont légions ce genre d’histoire de famille, j’aurai pu être à la place de ce père partit et ma fille aurait pu être à la place de cette Jeune Fille… La moralité est: soyons ce qu’il a de meilleur pour nos enfants et surtout savoir que notre « Vie » doit passer après les leurs. Être parent, qu’on le choisisse ou non, est une vie de consécration (pour ne pas employer le terme sacrifice). Car un enfant qui vient au monde ne l’a pas demandé, surtout lorsque nous autres les adultes prenons le plaisir à (for)niquer ou copuler et de nous retrouver « parents » neuf mois après. Un enfant ne mérite pas ce genre de parcours chaotique alors faisons ce qu’il y a de mieux, du mieux que nous le pouvons, pour être présent, pour être le parent, le PAPA, sur qui l’enfant peut compter, celui qu’il ou elle peut appeler au secours.

 

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