Approche sur le Panafricanisme: approche Politique (1/2)

Ma définition du panafricanisme politique serait celle qui pour but d’unir les projets politiques des États africains autour d’initiatives solidaires ayant pour finalité le renforcement l’Union Africaine et lui donner les moyens politiques de réaliser pleinement l’indépendance des pays Africains. Elle a la particularité de correspondre avec les aspirations panafricaines des peuples dans les grandes lignes directrices.

Le Panafricanisme politique est celui de ces chefs d’Etats et leaders africains qui pour les uns n’avaient que la posture et le discours et pour d’autres le projet et les actions concrètes en faveur d’une certaine vision de l’Afrique qui leur était propre. Ce panafricanisme que j’appelle « Politique » s’appui essentiellement sur le projet de son porteur et est souvent limité dans le temps. Cette vision politique dite panafricaine est souvent associée aussi à l’anti impérialisme.

LES FIGURES AFRICAINES DU PANAFRICANISME

L’Afrique a connu des chefs d’Etat ayant cette volonté du panafricanisme, certains furent limités surtout aux discours, d’autres purent passer rapidement des idéaux et discours aux actions politiques. Ils se dotèrent de l’indispensable soutien du peuple afin de lancer des réformes ou prendre des décisions politiques sur le plan social, économique, culturel et d’autres. Quelques exemples:

Thomas Sankara: en créant les CDR (Comités de défense de la révolution), il aura aidé réduire la malnutrition, la soif (avec la construction massive de puits et retenues d’eau), la diffusion des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabés ou non) et l’analphabétisme qui serait passé pour les hommes de 95 % à 80 %, et pour les femmes de 99 % à 98 %. Il a aussi institué la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification.

Kwame Nkrumah: un des pères des indépendances africaines qui en plus de revendiquer l’indépendance immédiate de l’Afrique, prôna la formation d’une identité supranationale : les « États-Unis d’Afrique » qui aurait permis au continent de devenir l’une des plus grandes forces du monde. En 1958, il est le premier à apporter son soutien à la Guinée indépendante de Ahmed Sékou Touré, en lui accordant un prêt de dix millions de livres sterling. Sous sa présidence est construit le barrage hydroélectrique d’Akosombo Barrage d’Akosombo, la réalisation à Tema d’un grand port en eau profonde relié à la capitale par une autoroute.

Ahmed Sekou Touré: accorda un appui décisif aux mouvements de libération a été déterminant pour l’accession à l’indépendance des colonies portugaises et pour la chute de l’Apartheid. Il fit de son pays un refuge pour les combattants de la liberté en Afrique. Tels que Bakary Guibo du Niger, l’icône Sud-Africaine Mariam Makeba, le chantre de la chanson africaine, le coprésident de la République de Guinée le Ghanéen Kwame Nkrumah, le président du P.A.I.G.C. le Bissau Guinéen Amilcar Cabral… et l’ancien ministre « guinéen » le Béninois Béhanzin. C’est encore lui qui a fourni les premières armes de l’A.N.C. et délivré un passeport a Nelson Mandela dans le cadre de sa lutte contre l’apartheid. Et nul ne peut ignorer le rôle joué par Ahmed Sékou Touré, pour la création de l’O.U.A., le 25 mai 1963.

Julius Nyerere: son idéal était la création d’une société égalitaire, juste, solidaire, qui trouve dans ses propres ressources les moyens de son autosuffisance. L’éducation est la priorité numéro un. Les premières mesures concrètes d’application de cette politique furent: la nationalisation des principales industries et sociétés de services, l’augmentation des impôts pour une plus grande répartition des richesses. C’est sur le plan de l’agriculture, principal secteur économique du pays, que les changements sont les plus forts. Appelé Ujamaas, c’est-à-dire co-fraternité, des communautés villageoises sont organisées sur des principes collectivistes.

D’AUTRES PANAFRICAINS

A la différence du panafricanisme populaire, celui-ci souffre et souffrira encore longtemps de l’aptitude de ses leaders à paraître crédible auprès de leur propre peuple et de l’extérieur. On voit beaucoup de leaders politiques qui non seulement parlent panafricanisme mais agissent aussi panafricanisme. Or souvent leur politique étrangère, c’est à dire, leur relation avec l’Occident ou les effets de leur politique régionale sur leurs voisins pour les les peuples d’Afrique en général, surtout les noirs. Quelques exemples:

Leopold Sedar Senghor: grand acteur d’initiative de fédéralisme africain, grand chantre de la négritude mais en même temps cherchait à garder une certaine proximité avec la France, ex-puissance coloniale.

Mobutu Sese Seko: père de l’Authenticité Zaïroise, c’est à dire, recours aux noms et prénoms africains en lieu et place de ceux hérités de la colonisation, africanisation du nom des villes qui portaient des noms belges, créateur du sentiment d’appartenance à une nation une et indivisible, sa politique des travaux manuels communautaires responsables (Salongo) mais en même temps il était le plus grand allié du bloc de l’Ouest durant la guerre froide, fit la guerre à l’Angola pour le compte des Etats-Unis.

Mouhammar Kaddhafi: grand argentier de l’Union Africaine, initiateur de projets pro Afrique dont certains comme le satellite RASCOM qui fut lancé, affichait clairement son attachement aux leaders africains assassinés (Lumumba, Um Nyobe, etc…) mais en même temps, soutenait des rebellions chez ses voisins, beaucoup d’africains subsahariens connurent la mort dans le désert lorsqu’il étaient interceptés par les gardes frontières libyens et sa politique de rapprochement avec l’Occident quelques années avant les troubles dans son pays et son assassinats par ceux dont il cherchait à se rapprocher.

Paul Kagamé: chantre de l’indépendance des pays africains de l’aide occidentale, récemment son gouvernement à publié une note disant que les africains étaient exempts de visa si ils voulaient venir au Rwanda. Mais en même temps, son pays est un des grands bénéficiaires de l’aide financière internationale et la politique de son régime en RDC est des plus connues et des plus décriées à cause des exactions au Kivu et en Ituri depuis son implication à l’invasion du Zaïre en 1997 pour le compte des prédateurs économiques occidentaux: Etats et multinationales.

A ces deux catégories on peut ajouter ceux qui n’eurent pas vraiment le temps de mettre en oeuvre leurs projets politiques panafricains dont beaucoup sont surtout restés dans la mémoire collective des africains comme des Combattants de la Liberté et théoriciens de la libération africaine. Parmi eux il y a: Amil Cabral, Agostinho Neto, Samora Machel, Patrick Emery Lumumba, Um Nyobe, Louis Rwagasore, Nelson Mandela…

LES OBJECTIFS DU PANAFRICANISME POLITIQUE

Education: rendre ce panafricanisme pérenne  les Etats africains devraient investir dans l’éducation par les africains pour les africains. Faire appel aux savoirs académiques, techniques et aux compétences/expériences des afro-descendants disponible pour enseigner dans les écoles et universités sur le continent africain. Une formation intellectuelle qui met en avant le panafricanisme, c’est à dire qui éduque les étudiants dans une vision du monde tournée vers les besoins de l’Afrique et des populations noires vivants hors du continent.

Ressources du sous-sol: mettre à contribution toutes les ressources disponible en vue de développer les pays africains. Et il n’est pas forcément indispensable de nationaliser, surtout si l’on ne dispose pas des ressources humaines pour assurer la suite, mais surtout d’appliquer les lois. Des lois justes en faveur de l’économie nationale et des caisses de l’Etat centrale ainsi que de ses provinces ou régions. Car il est parfois regrettable de constater que des entreprises étrangères bénéficient de ce que l’on pourrait qualifier d’allègement fiscale abusif voir simplement d’une mauvaise affectation des recettes de la part des autorités elle même.

Agriculture: Développer en synergie avec les autres états africains une agriculture non seulement complémentaire ou par quota afin de créer une auto-suffisance alimentaire sur l’ensemble d’un pays mais aussi du continent en permettant une complémentarité dans la transformation des ressources voir dans l’échange, le troc, de matières premières entre états en besoin. Exemple: Coton contre blé, Fer contre Petrole, Bois contre poissons, etc… Et ce à valeur monétaire égale entre matières échangés soit selon les prix fixés à l’OMC soit des prix fixés par une bourse propre aux pays africains engagés dans ce type d’échanges économiques d’entre-aide.

Industrie: les rendre adaptée à chaque pays afin de créer une complémentarité économique. Créer des pôles d’excellence par sous-régions ou montrer des consortiums ouverts aux personnes (locaux et diasporas) et entreprises africaines ayant leur siège en Afrique et leur compte bancaire sur le continent Africain.

Formation: développer un savoir-faire, une expertise intellectuelle et technique qui répondant d’abord aux besoins locaux africains. Ceci demande la création de cursus universitaires Pan-Africain à l’instar du Erasmus qui existe en Europe. Mettre en place des programmes d’échanges de professeurs donc de connaissances entre les universités du continent mais aussi une meilleure circulation des étudiants d’un pays à l’autre et ceux dans de bonne condition de résidence en pays hôte: sécurité des élèves, logements décents  facilités administratives.

Communication: acquérir des moyens de communication indépendants des systèmes mis en place par les anciens pays « civilisateurs ». cela passe par l’achat et le lancement de satellites de communication, d’observation civile et militaire. La mise en place de sociétés de télécommunication africaines c’est à dire qui ne sont pas des filiales créées, pour le besoins locaux, par des entreprises étrangères en Afrique. Une mise en commun des projets et des moyens financiers par sous régions d’Afrique dans le domaine des nouvelles technologies de l’information: transferts de données, stockage de données, traduction des données dans les principales langues étrangères utilisées en Afrique ainsi que les langues africaines les plus parlées.

Infrastructures: la construction et surtout l’ENTRETIEN des routes, chemins de fer, ponts, lignes de courant répondant aux besoins locaux et non de prédation économique comme battît un peu partout en Afrique par les colons et que certains africains regrettent tans car leurs gouvernants actuels n’ont toujours pas fait mieux depuis les « indépendances » des années 60. Ce défit est surtout à relever avec les grands pays d’Afrique qui devraient bénéficier d’un financement africain dans le cas où l’Union Africaine serait à mesure de donner la direction à suivre aux états africains dans des projets d’interconnection: les fameuses autoroutes transafricaines reliant toutes les capitales du nord au sud de l’est à l’ouest en passant par le centre. Et ceci en comptant aussi sur les possibilités maritimes, fluviales et lacustres.

Energie: que de multiplier des infrastructures et donc des atteintes à l’éco-système, favoriser la mutualisation des moyens de production d’énergie. Par exemple: mettre l’un des barrages de Inga sous l’administration d’un consortium de pays africains bénéficiaires de sa production. Idem pour la production d’énergie solaire en Afrique Du Nord qui pourrait s’étendre jusque dans la Corne de l’Afrique.

Education: juguler par des moyens adéquats les idéologies allant à l’encontre des objectifs du Panafricanisme en terre africaine par une éducation politique des masses populaires afin de créer une pensée commune entre l’Etat et ses populations car la meilleur manière de déstabiliser un Etat en construction est souvent de l’attaquer par ses problèmes internes qui souvent en Afrique sont de l’ordre des conflits tribaux ou inter-ethniques qui voient parfois l’intervention d’une certaine « communauté internationale ».

En gros, il s’agit de donner un sens réel à la vague des indépendances qu’a connu l’Afrique en la rendant AUTONOME, RESPONSABLE D’ELLE MÊME et des ses populations ainsi que CREDIBLE sur la scène internationale comme Bloc Politique et Idéologique.

PANAFRICANISME POLITIQUE ACTUEL

Le panafricanisme politique actuel ne dispose pas d’assez de leaders charismatiques possédant de grands moyens pour permettre un mouvement d’ensemble sur le continent africain et s’accorder au panafricanisme populaire, celui porté par les sociétés civiles africaines locales et des diasporas. Ainsi donc, il faut commencer par avoir une masse formée politiquement aux notions du panafricanisme et ayant pu l’expérimenté dans leurs actions au niveau des activités associatives et autres. Or en Afrique, du moins dans certains pays, la formation et l’éducation semble ne pas être la vraie priorité des gouvernants.

On peut dire aussi que dans ce monde globalisé, il est plus complexe pour un chef d’Etat africain de faire valoir certains projets politiques en faveur de l’Afrique lorsqu’en face il y a une Union Africaine en manque d’innovation politique voir de courage politique à chaque fois que l’Afrique a connu des agressions militaires et économiques. De plus, beaucoup de chefs d’Etats ne semblent pas avoir les mains libres pour la mise en application des idées des pères des indépendances africaines car eux mêmes trouvent leur plus grands soutien hors du continent africain.

L’Afrique doit se recentrer sur elle même sur le plan de l’éducation. Elle doit se recentrer elle même sur le plan socio-politique, interroger ses peuples sur ses aspirations, ainsi fixer les plans, chercher les moyens et recourir au soutien de ses filles et fils hors du continent pour la soutenir de l’extérieur aussi car le monde n’est plus bipolaire et encore moins unipolaire mais multipolaire car les implications sont multiples entre Etats développés  en voie de développement et sous développés, où devrais-je dire en paraphrasant feu Mobutu Sese Seko « Nous ne sommes pas sous développés mais nous sommes sous équipés ».

L’Afrique est au centre de tous les appétits et personne ne veut laisser le temps aux leaders africains, hommes et femmes d’aujourd’hui et de demain le temps de réfléchir aux solutions endogènes à apporter. C’est ainsi que nous sommes constamment soumis aux guerres, famines, génocides, prédations, agressions, aliénations, humiliations et falsifications historiques en tout genre pendant que les ennemis premiers de l’Afrique et des africains sont constamment en phase de progrès technique et uniquement technique car sur le reste l’Afrique n’est nullement en retard.

Nous sommes SOUS EQUIPES mais pas SOUS DÉVELOPPÉS.

Inspirations:

« L’Afrique Au Secours de l’Afrique », Sanou Mbaye

« De L’union Africaine à un Etat Fédéral Africain », Théodore Ottro Abie

Source:

http://www.dailymotion.com/video/xc0ygt_1973-discours-de-mobutu-a-l-o-n-u-d_news

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/10/31/2627024_libye-voila-les-raisons-du-meurtre-de-l-assassinat-de-mouamar-kaddhafi-par-l-otan.html

http://blogs.mondomix.com/samarra.php/2010/07/10/les-independances-africaines-3-les-peres-1

Wikipédia; Sankara, Nkrumah, Nyerere, Cabral…

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