LE COUP D’ÉTAT DU 24 /11/1965 : TÉMOIGNAGE DU CAPITAINE & COMPAGNON DE MOBUTU

Par Joseph Anganda
CE TÉMOIN N’EST AUTRE QU’ ILOSONO À L’ÉPOQUE SOUS-LIEUTENANT. IL EST RAPPORTEUR DE LA RÉUNION SECRÈTE DU HAUT-COMMANDEMENT DE L’ARMÉE NATIONALE CONGOLAISE (ANC) CONVOQUÉE PAR LE LIEUTENANT GÉNÉRAL MOBUTU DANS LA NUIT DU 24 NOVEMBRE ET COMPOSITEUR DU DISCOURS D’ANNONCE DU COUP D’ÉTAT AU PETIT MATIN.

LES RÉVÉLATIONS DU SCRIBE DE LA NUIT DU DESTIN

Dans une interview accordée à l’analyste et journaliste Kerwin Mayizo à l’occasion d’une célébration de l’anniversaire de l’indépendance du Congo, le regretté Anicet Mobé, érudit chercheur congolais qui nous a quittés il y a peu, attribuait à un officier belge de la coopération, sans en citer le nom, et en termes d’hypothèse, la paternité du discours de l’annonce du renversement de Joseph Kasa-Vubu. Certes, dans la journée du 24 novembre 1965 où Ilosono est assigné à son bureau fermé à clé par le Colonel Malila pour préparer un rapport sur le tour d’horizon de la situation politique et militaire, à présenter dans la réunion du Haut-Commandement militaire à la solde de Mobutu, il y a effectivement, dans les parages, un officier militaire belge, le colonel Powis de Tendessche qui tente en vain d’entrer en contact avec lui. Mais, fidèle aux strictes consignes données par son chef hiérarchique, Ilosono interdit de tout contact se fait servir à boire et à manger par la petite fenêtre de son bureau. Bien sûr, le discours de la proclamation est bien composé qu’on douterait d’en attribuer le génie à Ilosono, Sous-Lieutenant, sans parcours littéraire conséquent. Mais, à lire son témoignage, l’homme semble maîtriser la plume et la langue de Voltaire et sait l’utiliser de manière simple qu’agréable.

UN COUP D’ÉTAT POUR DÉJOUER DEUX COMPLOTS ?

Selon le Capitaine Ilosono – mais il attribue cette source à la Radio-Trottoir de Kinshasa – Mobutu renverse Joseph Kasa-Vubu, le 24 novembre 1965, pour l’empêcher d’exécuter le Plan ACCRA inspiré par Kwame Nkrumah. Dans la teneur de cette source, Kwame Nkrumah, le Président ghanéen et ami de Patrice Lumumba, aurait proposé à Joseph Kasa-Vubu, lors des Assises de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Accra, Capitale du Ghana, de « limoger Mobutu de ses fonctions de Commandant en Chef de l’Armée, pour le remplacer par le Général Olenga (1), en exil, quelque part en Afrique ou par le Colonel Puati, ancien Sous-Chef d’État-major du Général Mobutu, Attaché militaire à Londres à cette époque, originaire du Mayumbe comme le Président Kasa-Vubu »,pp. 75-76. Et il aurait convainquit ce dernier qui était déjà disposé à exécuter ce Plan.

Mobutu, révèle-t-il dans son témoignage, doit, en plus, déjouer le Plan KERILIS en préparation par Moïse Tshombe, alors Premier ministre du Salut public, pour neutraliser ses adversaires politiques et militaires et prendre le pouvoir avec le soutien dévoué de ses collaborateurs intégrés dans l’Armée Nationale Congolaise, notamment les mercenaires que Moïse avait fait venir pour lutter contre l’insurrection des nationalistes et lumumbistes à Stanleyville.

Moise Tshombe, selon le Capitaine Ilosono, plus populaire que Joseph Kasa-Vubu, traîne cependant plusieurs adversaires. Dans l’impossibilité de trouver un compromis politique avec Joseph Kasa-Vubu pour ce qui est du partage de pouvoir, il met deux fers au fer pour accéder à la magistrature : le mercenariat et l’argent qu’il avait bien réussi à amasser au Katanga à l’époque de sécession. Il compte des amis étrangers de pays occidentaux et de milieux de la haute finance à cet effet.

Mais, dans l’un ou l’autre Plan, Mobutu ne trouve pas son compte. Joseph Kasa-Vubu et Moïse Tshombe, pourtant parrains de son fils Joseph Moïse Oscar Konga, ne le portent pas dans leur cœur. Moïse Tshombe ferait vite de le remplacer, en cas de coup d’État, par un commandant en chef vouée à son allégeance.

C’est ainsi que la brouille politique entre Joseph Kasa-Vubu et son concurrent, sur fond d’ambitions et d’intrigues politiques, permet à Joseph-Désiré Mobutu qui l’Armée à son pouvoir de chasser les deux concurrents perdus dans les calculs politiciens de leurs alliés. Les deux concurrents croyaient, l’un comme l’autre, le coup d’État favorable à sa cause. Ils ne tarderont pas à se rendre à l’évidence.

Article de Joseph Anganda

(1) Le Général Olenga est le commandant de l’Armée Populaire de Libération (APL) et chef de renseignement dans l’insurrection lumumbiste de 1964 à Stanleyville et dans le Kivu.

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