LA PERTE DE SON NOM, OU LA DOUBLE MORT DE L’INDIVIDU

Le nom, l’appellation, l’identification, l’identité… Être, exister. Quand est-ce que l’Humanité a commencé à se nommer, à s’identifier, à « appeler à l’existance » des membres de la communauté des vivants? Je ne le sais pas. On peut remonter à plus de dix mille ans voire, bien plus encore car je suis convaincu que, quelque part, ici et là sur la Terre et biensur en Afrique, il y a eu des civilisations antérieurs à celle de Kemet (Egypte Ancienne).

Mais pourquoi, diable, donne-t-on des noms à tout? Toute chose devrait être porter un nom ou est-ce une maladie des hommes de vouloir tout appeler par un nom? A mon sens, ce n’est ni une maladie ni une obsession mais un procédé naturel, un geste que je dirai même divin car nommer quelque chose, selon la philosphie africaine (bantu) c’est l’appeler à l’existence, à se manifester, à montrer, prouver qu’elle existe.

Ceci pose la question du « Qu’est ce qui existe? », qu’estc e qui renvient au concept de Vivant, c’est à dire « Qui fait partie du tout cosmique ». Nommer une chose c’est affirmer qu’elle existe, qu’elle a sa place dans le Monde cosmique, qu’elle est en raisonnance avec elle et qu’elle a une fonction, une utilité, active ou passive. J’entend par « active » ce que nous utilisons directement ou qui nous est directement utile dans notre vie de tous les jours ou dont la présence nous sert à quelque chose de manière directe, exemple: l’air, l’eau, les gibiers, les arbres, etc… Par « passive » j’entend ce qui est là, que nous n’utilisons pas tous les jours mais qui ont une utilité dans un schéma d’ensemble plus vaste, exemple: les nuages, les orages, les araignées etc…

LE NOM EST UNE ENERGIE COSMIQUE

Rien de ce qui existe ne peut l’être sans un nom. Le nom est une énergie liée à un Tout appellé cosmos ou Monde Cosmique car tout émane d’elle, tout est venu de l’énergie, selon les théories et mythes de la création du monde, donc tout est énergie. Le nom serait donc, cette énergie qui nous lie, qui lie toute chose à l’Energie Première, à l’Energie Initiale, au Monde Cosmique… au « Créateur ». Le nom est une force qui lit l’Homme au Monde Cosmique pour manifester le Créateur ou donner sa part de définition au sens que doit avoir la Création.

Le nom est bien plus qu’un simple concept social ou sociétale. Non, il est spirituel aussi, d’où l’importance des noms que nous donnons ou que nous nous donnons. Raison pour laquelle nous les aimons beaux et bons pour ceux qui nous sont chers, et ces noms résonnent comme des compliments, des encouragements, des louanges etc… Et nous les aimons tristes, moches, mauvais, vilains, méprisants pour ceux que nous apprécions le moins, et ces noms résonnent comme des insultes, car elles en sont parfois.

Mes ancêtres Ngombè, du moins dans ma famille paternelle, ne donnaient jamais des noms au hasard. Un nom se devait d’être rattaché, soit à une personne illustre ou un ainé décédé afin qu’en prononçant le nom du dscednant, on prononce aussi celui de l’ancêtre, et ainsi continuer d’invoquer son énergie et le lier à celui de son groupe, sa famille, son clan, son peuple. Le nom se devait aussi d’être aussi, chez nous les Ngombè, rattaché à un sens ou une raison initiatique renvoyant à quelque chose que la personne devra être ou devra être pour les siens et l’humanité.

L’ABSENCE DU NOM & LE DENI D’EXISTENCE

L’absence du nom, selon les arguments ci-dessus, est contre-nature, elle est anti cosmique. Ne pas avoir de nom, c’est ne pas exister car on ne donne de nom qu’à ce qui existe et qui est utile de manière active ou passive car son énergie cosmique participe à l’ensemble qui donne son sens à toute Création. Or une « chose » sans nom est une chose qui n’existe pas ou pas encore. Alors dans le cas d’une chose qui existe, qui avait un nom et à qui on le lui retire ou l’arrache pour le chosifier, il y a une volonté malsaine, pour ne pas dire diabolique, d’arracher à l’existence une chose ou personne qui de part sa présecne même sur terre est appelée à être, à avoir un sens, à donner un sens ou à contribuer au sens d’une chose même en étant son contraire ou son opposé.

C’est pourquoi les pires crimes commis par des hommes contre d’autres hommes ont souvent eu pour modus opérandi, d’ôter le nom, de chosifier en d’attribuer un numéro ou en donnant un autre nom, soit vil, avec un sens méprisant ou sans aucune signification du tout. C’est le cas de l’esclavage, tout forme sans distinction mais celles subies par les noirs des deux côtés du continent Katiopa (Afrique) en particulier. Il y avait une volonté, organisée, méthodique et pondérée de déshumaniser, de chosifier, de tuer l’énergie cosmique dans l’Homme Noir pour lui ôter toute utilité naturelle dans le Monde Cosmique etd ans l’Humanité.

Mais dès le moment où, même sans nom propre, ils ont su garder un ou des noms communs, noms de groupes, ils sont estés connectés au Monde Cosmique. Ceux qui voulaient les déshumaniser, forcé par la nature, ont du leur truover un nom car ce qui est ne peut être réellement qu’avec un nom. Ca n’aurait aucun sens d’avoir face à soi une personne et de ne pas pouvoir la nommer mais surtout la distinguer des autres.

LA RESILIENCE PAR LA REAPPROPRIATION D’UN NOM

Cette étape est très importante car elle traite de la victoire sur un crime touchant à l’appartenance d’un individu ou groupe à la « communauté cosmique ». Car tans que  l’on est en vie et que l’on porte un nom, aussi méprisable soit-il, on est d’une manière ou l’autre toujours connecté au Monde Cosmique. Du moins, la possibilité demeure.

Mon père, avant de partir, m’a appris une chose sur la sgnification de certains noms bantu lorsqu’il dit que:

« La colonisation a travesti bon nombre de mots et les significations des noms s’embrouillent dans les esprits. Il incombe à cette génération de reprendre l’éffort de consignation écrite correcte des mots BANTU, pour récupérer leur signification exacte… »

Avoir un nom, peu importe soit-il, c’est être vivant. Mais en métriser la signification, parfois ésotérique, pour la faire vbrer au diapason de la culture qui sienne, c’est être plus que vivant. Voilà où il faut en arriver: être plus que vivant. Les choses et les individus sont nommées pour faire savoir aux vivants et aux entités cosmiques qu’il y a le lien qui demeure et que l’on est toujours relié à l’Univers, aux énergies cosmiques.

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