La diaspora africaine et le Leadership

Contrairement à ce qui se fait dans d’autres communautés ou classes sociales, la diaspora africaine semble ne pas disposer de structures capable de former sa jeunesse au leadership. Un leadership responsable, un leadership de décision et non de figuration ou de m’as-tu-visme. Un leadership de l’action et non de l’observation ou du constat.

Qui forme actuellement l’élite de la jeunesse africaine?

Selon moi, il y a deux catégories: les diplômés universitaires et les non diplômés universitaires. Quand je parle d’université j’englobe aussi les hautes écoles et autres institutions privées. Dans les deux cas, il y a à nouveau deux sous-catégories: les autodidactes et les « bureaucrates ». J’entend par bureaucrates, ceux qui sont très compétents mais qui ne se donnent pas la peine ou l’ambition d’aller au delà de leurs compétences « techniques » pour assumer leur leadership. Car celui qui en sait plus que les autres se doit de partager ce qu’il sait, d’influer sur le destin de la communauté par des initiatives porteuses, viables et rassembleuses.

Ceux qui forment les élites sont, en général, ceux qui influent sur leur manière de percevoir le monde: le paradigme. Ceux qui parviennent à développer des concepts sortant des lignes directrices des institutions de formation officielles, n’appartenant pas à la communauté africaine, sont des autodidactes « programmés » ou leaders nés, en générale. Car concevoir un projet que l’on matérialise, réalise, c’est être créatif, dynamique, proactif. En résumé on est un acteur de sa communauté, dans sa communauté et pour sa communauté voire au delà. Ceux qui avec leur bagages intellectuels et académiques, des années après avoir quitter les auditoires et qui en sont encore aux constats, aux discours et autres slogans, même pro Afrique, sont en général des spectateurs qui, inconsciemment préfèrent le confort de voir d’autres monter au front comme on regarderait un bon film d’action au cinéma.

La moindre des choses pour un « non leader » serait de s’impliquer dans des initiatives existantes. De soutenir ceux qui sont en première ligne par leurs analyses, réseaux de connaissances ainsi que certaines compétences techniques sur le plan administratif, juridique, financier, social, culturel, technique etc… Car toute personne compétente dans la communauté qui se plait au spectateurisme est un gaspillage de talent, un gâchis de connaissances. Malheureusement, le confort en Europe mais aussi la souffrance en Afrique gonflent cette catégorie ou les postures valent plus que les réalisations en faveur de la communauté.

Une élite formée au Leadership pour faire quoi?

Cheik Anta Diop avait dit « Soyez armez de connaissance jusqu’aux dents », et selon moi un leader est d’abord une dépositaire de connaissance et de savoir mais aussi une personne de réseau. Les deux vont ensemble, les deux doivent être utile et s’avérer efficace entre les mains d’une personne avec un minimum d’ambition. Et l’ambition n’est pas forcément celui de devenir un homme politique au pays: député, sénateur, ministre, président… roi!

Cette élite se doit, en fonction du pays où elle se trouve, de connaitre les rouages du pays hôte, le fonctionnement des institutions, sa culture sociale, ses objectifs politiques au niveau national ET international. Connaitre les réseaux d’influence et un moyen d’y accéder ou du moins avoir  les moyens de se faire entendre, et si cela s’avère nécessaire… « Par tous les moyens nécessaires » (Malcolm X).

Elle doit être capable de se poser comme l’interlocuteur de premier choix entre les institutions et la communauté africaine. Elle doit être en mesure de produire elle même les outils nécessaires au développement intellectuel de membres de la communauté africaine en créant des clubs de réflexion  des associations de toutes sortes mais surtout des entreprises, des institutions financières officielles tournées vers la communauté, des structures de soutien scolaire, psychologique et social dont le financement devrait être lié à la communauté sans pour autant négliger l’apport extérieur. Mais cette option d’apport extérieur est similaire à l’aide au développement si cher au pays africain: ne pas s’y habituer, essayer de s’en passer, mieux se (sup)porter.

Qui devrait former l’élite de la jeunesse africaine?

Il est dit que poser une question, sur certain sujet, c’est déjà y répondre. Et ce cas ci ne fait pas exception. La communauté africaine DEVRAIT investir dans SA PROPRE jeunesse avant tout. Pas dans les musiciens, pas dans les fringues (même si personnellement j’aime comme tout africain être habillé correctement) ni dans les plaisirs futiles.

Chaque euro compte, tout chiffre fera nombre. Il existe des initiative en gestation où des jeunes africains se retrouvent entre eux, durant un week-end et discute « Afrique » ou de choses sur leur pays d’origine. D’autres existent sous forme de structures informelles de quelques personnes échangeant des idées sur les informations venant du pays mais aussi des communauté hors d’Afrique. Toutes ces initiatives ne demandent pas des milliers d’Euro par mois ni des millions par an. Certaines en coûtent rien car tout passe par des infrastructures virtuelles sur le net avec des membres vivants parfois à plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres.

Ceux qui détiennent les idées devraient être mis en contact avec ceux qui détiennent des moyens financiers, des locaux et des contacts afin de créer ou simplement dynamiser ce qui existe déjà en leur donnant accès à des moyens permettant un développement croissant de leurs activités. Des réseaux et projets existent déjà, d’autres se mettent en place et d’autres sont encore à l’état de projet « papier ».

Ou/qui sont les élites de cette jeunesse actuellement?

Les actuelles élites de la jeunesse sont ces hommes et femmes actifs, chacun dans son domaine, soit en faveur de la communauté soit à des fonctions importantes dans la fonction publique des pays hôte ou dans le privé. Ce sont ces Lumières que l’on voit, ce sont ces mains que l’on sent actives, ce sont ces voix audible que l’on entend. Cette élite doit se MONTRER, AGIR et PARLER.

Je me suis toujours méfier des « personnages » et des postures, de ces personnes qui sont fortes dans les apparences et drainant rapidement de grandes foules de jeunes africains, trop vite fanatisés dès lors qu’on prononce les mots: anti impérialisme, panafricanisme, combattant, libération, révolution etc… Préférez ces jeunes de l’élite qui sont dans des initiatives viables et concrètes  inscrites dans la durée. « Préférez le Empowerment à l’Entertainement », même si l’Entertainement (divertissement) n’est pas mauvais en soi mais avoir trop d’élites dans le domaine de l’entertainement, définira aussi la manière dont les interlocuteurs de notre communauté nous verront et nous traiteront cad comme des enfants qui n’aiment que manger, boire, danser, chanter, jouer et se vêtir.

Pour conclure je dirai comme le prophète Bob Marley « Can’t tka them slogans no more (…) from the sweet talk of the hypocrits ».

 

 

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