Journées de Reflexion sur la nouvelle Expo Permanente du #MRAC: mes notes et observations

Le MRAC est l’abréviation de Musée Royal d’Afrique Centrale, situé à Tervuren en brabant flamand. Le musée étant en travaux pour une rénovation de son exposition permanente d’objets, de la faune et de la flore d’Afrique centrale, deux journées de réflexion en collaboration avec la communauté africaine via le COMRAF et d’autres ont été initié le 20 et 21 juin 2014 à auxquelles je fus invité. Les journées se sont tenues dans le Musée BELvue sur la place des palais, dans l’aile gauche du palais royal de la monarchie belge.

De ces deux journées, j’ai eu a écouter parler différents intervenants dont le directeur du MRAC Mr Guido Gryseels ainsi que différents collaborateurs scientifiques de cette institution qui veut résolument mettre en avant son identité de centre de recherche scientifique mais différentes connotations et réflexes colonialistes lui collent encore aux murs (jeu de mot), j’y viendrai plus bas.

LE PROCESSUS DE DECOLONISATION DU MUSEE

Ce processus qui aurait du commencer depuis l’indépendance du Congo en 1960 a traîné pour ne pas dire été empêché par des personnes de cette institution tenant mordicus à leur bijoux colonial. Il a fallu un premier changement en terme de personnel de l’institution et d’initiatives de la communauté africaine pour ne pas dire congolaise pour que les premiers contacts soient établis et que les premières réflexions venant de la communauté congolaise soit exprimée, mise en avant et transmise aux gestionnaires du musée qui a cette époque là étaient d’une plus grande ouverture d’esprit que leurs prédécesseurs.

Mais je tiens à préciser une chose observée durant ces deux jours, les décisions cruciales ne se prennent pas par les personnes qui sont intervenues lors des journées de réflexion. Les décisions névralgiques sont décidées par des personnes qu’on ne voit pas, qui ne se montreront jamais et dont j’ai eu vent que certains étaient dans la sphère politique fédérale belge. C’est ainsi que plusieurs observations que je fis concernant la restitution et la plaque avec les noms des « vaillants » belges morts lors de la conquête de qu’est actuellement le Congo trouveront une forte resonance dans l’assistance et ne cesseront d’alimenter le débat.

Une petite chronologie de ce processus de décolonisation dont le thème centrale est la représentation des africains (leur histoire, leurs cultures, leurs environnements):

En 2003, à l’initiative du COMRAF (COmité consultatif entre le MRac et la communauté AFricaine crée en 2004) eu lieu l’exposition « La Parole aux africains » qui eu le mérite d’aborder le thème d’une probable mais urgente réorganisation du MRAC.

En 2004, une exposition nommée « Nature et Culture du Congo » eu lieu sur demande de l’UNESCO et se tient successivement à Paris, Bruxelles, Kinshasa et Lubumbashi.

En 2006, le conseil des Ministres du gouvernement belge  l’époque, dirigé par Mr Verhofstadt approuva le projet de rénovation du MRAC car ce dernier n’avait plus changé depuis 1950 sur le plan infrastructurel et logistique. Mais un gros problème se posa concernant les symboles coloniaux qu’il était impossible de toucher comme ceux renvoyant à Leopold II. Les visiteurs congolais et activistes panafricains apprécieront…

En 2009, l’exposition Mémoire du Congo, nommé « Le Temps Colonial » fut une initiative très critiquée mais en même temps constructive selon le directeur du MRAC car elle permit aux différentes partis en présence (descendants de colons, gestionnaires du MRAC, scientifiques, visiteurs belges et congolais) de se rencontrer et commencer à se poser sérieusement les bonnes question sur l’avenir du MRAC et sa manière arriérée de parler des et de leur environnement.

En 2010, l’exposition « Indépendance » impliquant activement la communauté congolaise est organisée par la chercheuse Bambi Ceuppens. Cette initiative sera porteuse de répercussion dont l’un des effets fut l’organisation à mon initiative et aidé par Bambi Ceuppens de la Journée Scientifique. Courant de cette même année 2010, un programme de digitalisation des collections du MRAC fut lancé avec de les rendre plus facilement accessible à un public plus large et surtout aussi parce que tous ne pouvaient pas être exposé faute de place à l’époque. Il s’agit surtout de films, de photos et d’archives sonores).

Et enfin cette année, une réseau de collaboration entre le MRAC et les structures à vocation culturelle de la communauté dans la communauté congolaise sera lancée à partir du 14 juillet.

Quelques plans de la nouvelle exposition permanente

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plan avec les nouvelles constructions: batîment d’accuil et couloir souterrain surtout (gauche de l’image)

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POURQUOI AUTANT DE TEMPS

Les principales raisons avancées de ce retard sont, selon le directeur du MRAC, les suivantes:

– La Belgique ne savait pas quoi faire du Musée après le 30 juin 1960, il y eu donc des réductions de budget et une absence de visibilité semble-t-il voulu par l’Etat belge.

– La Belgique n’était semble-t-il pas prête, selon le directeur du MRAC,  à faire des rénovations jusqu’en 2005: beaucoup de belges ne remettaient pas en cause la colonisation. Oeuvre civilisatrice mythologique selon moi qui n’est et ne reste qu’un version propre et politiquement correcte de l’esclavage entre pays européens donneurs de leçons sur l’humanisme. Le peuple lui même à base n’avait que très peu de sens critique à ce sujet. Il y eu aussi le livre d’Adam Hoschschild « Les Fantômes du roi Léopold II » ainsi que les questions parlementaires sur l’assassinat de Lumumba et l’exploitation des ressources du sous sol par des compagnies minières étrangères dont des belges.

SUR LES INTERLOCUTEURS DE LA COMMUNAUTE AVEC LE MRAC

Comme souvent dans le cas de la communauté le même problème revient souvent celui de al communication sur l’existence des structures qui existent et aussi, plus grave, sur les activités et actions de ces structures. c’est ainsi que j’ai eu à découvrir l’existence du COMARF en venant à ces deux jours de réflexion.

Ce problème de communication ne se résoudra que si ces structures se décident enfin à recruter des jeunes, compétents dans le domaine de la communication avec les masses. Car établir une communication vis à vis des structures est une chose, le faire vis à vis des masses en est une autre et elle est de loin plus difficile à faire aboutir en terme de mobilisation. Et évitons de penser à recruter des jeunes comme bénévole. Ce genre d’engagement nécessite un défraiement,une rémunération qu’elle soit à mi-temps ou tiers-temps qu’importe mais pour avoir les meilleurs, il faut savoir les attirer.

Donc, il y a le COMRAF: COmité consultatif entre le MRac et la communauté AFricaine) qui a été crée le 17 novembre  2004. C’est organe dont l’un des buts est de sensibiliser les communautés africaines à beaucoup visiter le musée et s’en approprier. Ses deux principales actions du moment sont (depuis 2003):

– l’élaboration de journées de visite du musée avec des membres de la communauté africaine

– un programme appelé « La parole aux africains » qui comme son nom l’indique est de permettre aux africains de prendre plus souvent la parole dans ces sujets qui concernent la relation entre la communauté et le musée.

Il y a aussi, l’initiative AFRICA TERVUREN, dont le but était d’avoir une structure qui emmenait des idées nouvelles dans le musée par le biais des arts de la scène issus de la communauté africaine ainsi que la gastronomie et des stands d’associations africaines. La considération des gestionnaires du MRAC vis à vis de la communauté africaine aurait, selon Mr Billy Kalonji, commencé à ce moment là.

AU SUJET DE LA NOUVELLE EXPOSITION PERMANENTE

Les scientifiques et gestionnaires du MRAC insistent sur le status de centre de recherche scientifique de l’institution, tout en voulant qu’il soit une combinaison entre cette dernière, c’est-à-dire qui fait et finance des recherches, et un musée qui a pour but surtout d’exposer des collections.

Les expositions du MRAC quant à elles, se mettent en place par un dialogue entre les scientifiques et les gestionnaires du MRAC. Mais une plus grande implication des africains dans la création de la trame de la nouvelle exposition permanente est plus que jamais d’actualité.

Cependant plusieurs scénarios de parcours pour une nouvelle exposition permanente ont été refusé pour des raisons de parcours (pour le public) et de représentation des collections dans le musée à cause du trop grand nombre e contenus et ce, depuis le début des premières ébauches jusqu’en 2012.

LIEU DE PRESENTATION DE LA NOUVELLE EXPOSITION PERMANENTE

La nouvelle exposition permanente contrairement à la précédente ne se limitera pas au bâtiment principale du MRAC mais se tiendra aussi dans un long couloir souterrain de 100m de long en construction qui reliera le nouveau bâtiment d’accueil et le bâtiment principale.

La part belle sera faite aux espaces modulaires permettant d’adapter certains espaces aux expositions non permanentes mais la plupart des objets exposés en vitrine resteront. Les nouveaux systèmes modulaires des plafonds acoustiques pour palier à la trop grande hauteur du plafond du musée et son acoustique pas toujours agréable.

Chronologie de la nouvelle exposition permanente:

Eté 2015: Publication du plan définitif de la scénographie de la nouvelle exposition permanente, c’est-à-dire la manière dont le public circulera et ce qu’il verra et entendra.

Printemps 2016: fin de renovation du pavillon d’accueil

Hiver -Printemps 2017: Production & Installation de la nouvelle exposition

Printemps 2017: Ouverture du MRAC au grand public

Le but de la nouvelle exposition permanente, selon ses concepteurs, serait de ne pas montrer mais raconter l’histoire des objets et peuples d’Afrique. Espérons qu’il sera possible de raconter aussi l’histoire de la fabrication de ces objets qui ont longtemps été exposé comme des objets morts. Hors raconter le processus de création de ces objets c’est faire revivre le génie créatif africain afin de briser cet autre stéréotype de l’africain qui a attend l’Occident pour avoir du savoir surtout lorsque l’on sait que les peuples Bantu on développé la métallurgie des siècles voir un bon millénaire avant les peuples d’Europe (1)(2).

LA RECOLTE DES COLLECTIONS

Bien qu’utilisant des mots politiquement corrects, il est important de mettre les point sur les I et dire clairement qu’il fut pour la grand partie question de vol, pillage et autres prises de guerre à des populations qui n’avaient pas le choix ou qui furent éliminées physiquement pour permettre ces récolte. Et de l’autre côté il y eu des des récoltes via des missionnaires et particuliers dont on pourra toujours se poser des sérieuses questions sur la manière dont ils firent acquisition de ces biens. On pourrait citer des missionnaires comme Hulstaert qui avait un très grand intérêt pour la linguistique, Séha qui avait un goût prononcé pour les arts et Jeanne Walschot qui était une vulgaire marchande d’art.

Il y eu aussi, selon les scientifiques du MRAC, des expéditions « planifiées » pour le compte du musée avec un intérêt de collecter avec méthodologie.

 

PARADOXES DU MUSEE

Au delà de tous ces changements qui semblent refléter une bonne volonté des scientifiques et de al direction administrative du MRAC, il est clair qu’une opposition est pas des moindres est à l’oeuvre dans les coulisses. Celle de ces personnes qui par tous les moyens tentent de préserver l’héritage des « aspects positifs » de la colonisation… 

Changer l’exposition par une pédagogie en profondeur c’est une chose louable. Mais faire la même chose avec les racines idéologiques du musée c’en est autre chose.

Dans ma première intervention et sur ma page Facebook j’avais posté la chose suivante:

« Ceux du MRAC qui pensent que nous allons tolérer leur plaque avec les noms de ces bandits, violeurs, assassins, occupants belges de la conquête militaire de l’actuel Congo sans avoir une autre plaque avec le nom des nôtres qui ont résisté tans militairement que idéologiquement et religieusement, c’est comme croire que les juifs et autres européens pourraient tolérer une expo permanente d’un musée allemand avec une plaque ne nommant que les soldats allemands des conquêtes du Reich… Ma génération et celle en-dessous n’accepterons plus aucune offense dans ce sens! Et le Musée de Tervuren sera toujours mal vu par les africains à cause de sa conception très colonialiste des souffrances de nos ancêtres… et de nous mêmes!« 

Il en va de même du buste de Leopold II. Il ne faudra pas se contenter de mettre un inscription avec son nom et le titre de roi batiseur ou initiateur du Musée ou que sais-je de ce genre. Le MRAC est dans une logique de pédagogie alors allez au bout de la.. logique comme c’est le cas avec Adolf Hitler. Car pour nous congolais, Léopold II n’est pas vraiment différent d’Adolf Hitler tans les méthodes et le nombre de victime se rapprochent voir même que les morts dû aux rêves de grandeur du roi belge dépassent de loin ceux des morts des camps nazis sans oublier les mains coupées, les villages rasés, les hommes, femmes enfants d’un même village massacrés, des villages pris en otage pour forcer les hommes à aller récolter le caoutchouc.

Il ne faudra pas tenter de nous séduire avec quelques mentions, quelques croix, quelques images car il est connu que les chiffres, les noms sont connus du musée. Car ce serait un vrai paradoxe de dire vouloir changer les choses et continuer à faire cohabiter les bourreaux et les victimes.

RECOMMANDATIONS CONCRETES

Il serait normal pour une institution que se dit vouloir se réconcilier avec la communauté congolaise et lui permettre de se réapproprier le MRAC de placer une plaque avec le nom de tout ceux qui ont résisté à la barbarie idéologique et économique coloniale entre les années 1876 et 1960 en face ou à côté de celle avec les noms des belges ayant participé à la conquête militaire des territoires de l’actuel Congo dont certains parmi eux, c’est connu, étaient de vulgaire bandits des grands chemins (3) et autres voyous (3) juste bons pour faire le sale boulot que ces messieurs en col blanc à Bruxelles ne feraient jamais.

Et je suggérai même comme me l’a dit un de mes aînés qui approuva mes prises de paroles, de nommer certaines salles du nom des grands résistants congolais avec un panneau indiquant qui il était et ce qu’ils firent pour avoir leur nom donné à une des salles du parcours scénographique de la nouvelle exposition permanente du MRAC.

et pour ceux qui voudra avoir un point de vu non édulcoré par certaines institutions belges fortement politisées ou simplement politiques, je recommande de voir ce film:

 

Références:

(1) Livre: Les peuples Bantu, Migrations, Expansion et Identité Culturelle, Tome I. Page 128 et 133. Ed. L’Harmattan, 1989.

(2) Une étude coordonnée par l’UNESCO montre que l’âge du fer en Afrique remonterait au IIIe millénaire av. J.-C. La métallurgie du fer serait apparue « dans plusieurs sites autonomes, en Afrique de l’Ouest et du centre et dans la région des Grands Lacs. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_du_fer#Afrique

(3) livres: « Les Fantômes du roi Léopold II« , d’Adam Hoschschild. « Du Sang sur les lianes« , de Daniel Vangroenweghe

 

 

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