IN MEMORIAM: PAPA WEMBA, Repose dans la Puissance « EKUMANI »

Je retiens de mon Kulutu (aîné) « Papa Wemba » de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, décédé ce jour à Abdijan après un malaise sur scène lors de ce qui sera appelé désormais son dernier concert, qu’il fut un super, un grand, un immense artiste, un moment de ma Culture.
Un artiste qui a emmené la musique zaïroise jusqu’au Japon, là où ses contemporains s’arrêtaient souvent à l’Afrique et à l’Europe. Il est partit comme tout artiste rêverait de partir : sur scène, l’équivalent pour un guerrier de mourir au combat, les armes à la main. Comment le décrire? Je ne sais pas mais je le résumerai par Classe – Vibe – Culture.
Une voix particulière, un style propre à lui qu’il s’est créé dans les années 80 et qui fait des émules sur plusieurs générations. Mon propre grand-frère en était un amoureux de la classe et de l’élégance à la zaïroise. Papa Wemba était et restera une référence lorsqu’on parlera de Sape ou Sapologie ! Mais aussi de voix et charisme car il était plus qu’un chanteur, c’était un homme de la culture.
Qui de ma génération oubliera le film de notre autre Kulutu Mwenza Ngangura, « La Vie Est Belle » dans lequel il a brillamment joué ? Qui oubliera ses multiples Hits musicaux dont je ne pourrai vous citer ici les noms tellement il y en a. Ce jour de son passage vers le Pays des « Bakoko » (Ancêtres) , deux de ses chansons me reviennent à l’esprit, des titres de circonstances: « Rail On » et « Le Voyageur ».
Et sans oublier, « Maman » qui est une chanson d’une profondeur abyssale tellement le texte est poignant, découvert sur l’ordinateur de mon père, après le décès de ce dernier. Mon père aimait beaucoup cette chanson dont le contenu le renvoyait à sa propre mère, ma Grand-Mère. Vraiment pour vous dire à quel point Papa Wemba transcendait les générations
 
Je ne peux pas parler de lui sans évoquer ses choix ou orientations politiques de ne pas dénoncer le système « Kabila » qui lui ont valu le courroux de beaucoup d’entre nous de la communauté, hors du pays. Ce sont des choix d’hommes, dont il a assumé, les conséquences. Mais on ne peut jetter à la poubelle un tel monument, ni balayer du revers de la main ce qu’il représente car son impact sur notre identité culturelle est trop immense.
 
Il est désormais entré au Panthéon des Grands de la Culture Musicale de ma nation comme Taby Ley Rochereaux, Franco Lumabo Makiadi, Wendo Kolosoy, Abeti Massikini, Mpongo Love, et tans d’autres. Il représente beaucoup pour nous les zaïro-congolais mais également pour l’Afrique entière, et au-delà.
 
Papa Wemba est désormais un Monument dans le sens premier du terme avec un héritage certain et indéniable, et commele dit si bien le proverbe funéraire BaNtu « nos morts ne sont pas morts, ils sont avec nous, ils sont en nous et autour de nous » rien d’autres à dire, ni rajouter.
 
Mes pensées vont à son épouse, ses enfants et petit-enfants, à la communauté Tétéla dont il était originaire, à mon peuple et à tous ceux qui ont aimé et aiment l’artiste qu’il était.
 
Ne sachant pas parler la langue Tétéla, je lui ferai mes adieux en lingala, une langue commune à plus de 70 millions d’entre nous:
 
« O sali tango na yo awa o se. O pesi oyo manso e sengelaki o pesa na biso ba ndeko na yo, mpe na mokili mobimba. Tika ete Ba Koko ba yamba yo mpona oyo kaboli o kati na biso na nzela ya bokoko e zalaki ya motuya mpe ya mozindo. Kende na kimya ko pema o pembeni ya Ba Koko nyonso. Kende na boboto, Kulutu « Ekumani », kende na kimya Papa Wemba »
Kende na Bokasi, Kulutu Wembadio (Lubefu, 14/06/1949 – Abidjan, 24-04-2016)

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.