Histoire: GILBERT PONGO OU LE DESTIN D’UN ESPION ANTI-LUMUMBISTE

Par Joseph Anganda
GILBERT PONGO OU LE DESTIN D’UN ESPION ANTI-LUMUMBISTE

MPONGO LOVE, SA FILLE, ORPHELINE DE LUI À BAS ÂGE ET DEVENUE PLUS TARD STAR DE LA CHANSON, LE CHANTE DANS ‘MPONGO FÉTICHE » OU « MERCI MAMAN ».
MAJOR GILBERT PONGO, OFFICIER DE RENSEIGNEMENT FORMÉ AU CONTRE-ESPIONNAGE EN BELGIQUE POUR LA TRAQUE ET LA LIQUIDATION DE PATRICE LUMUMBA, DE SES PARTISANS ET AMIS, FUT CHARGÉ D’INTERCEPTER PATRICE LUMUMBA DANS SA FUITE POUR LE RAMENER BRUTALEMENT À MOBUTU ET À SES ENNEMIS POLITIQUES. IL TOMBA AUX MAINS DE SOLDATS DU GOUVERNEMENT DE GIZENGA LE 1ER JANVIER 1961 À BUKAVU ET ENCOURUT UNE CONDAMNATION À MORT À STANLEYVILLE EN FÉVRIER 1961.
JOSEPH KASA-VUBU, JOSEPH ILÉO, JOSEPH-DÉSIRÉ MOBUTU ET VICTOR NENDAKA REFUSÈRENT, SUR PROPOSITION DE CHRISTOPHE GBENYE, DE L’ÉCHANGER CONTRE PATRICE LUMUMBA ET SES COMPAGNONS BIEN AVANT LEUR ASSASSINAT.

MORT EN SERVICE COMMANDÉ

Gilbert Pongo n’était pas n’importe qui dans les années de l’indépendance du Congo. Dans ces années-là, il fut envoyé en Belgique pour suivre une formation en contre-espionnage. C’est ainsi qu’il porta le titre d’officier de renseignement réservé aux personnes formées à des écoles d’espionnage et contre-espionnage. Un officier de renseignement suit une vaste formation notamment militaire qui ouvre au grade d’officier. Et Gilbert Pongo acquit le grade de Major de l’Armée Nationale Congolaise(ANC) pour se soumettre, à l’indépendance, aux ordres de Mobutu et de Victor Nendaka.
Il suivit cette formation pour prendre part à la chasse aux sorcières contre Patrice Lumumba, ses partisans et amis qualifiés, à tort ou par diabolisation, de « communistes ». La traque et la liquidation de Patrice Lumumba et de son entourage étaient dans le programme de formation et de mission de Gilbert Pongo. Il le faisait savoir par zèle ou par le sentiment de toute puissance à qui voulait l’entendre. Moralement dopé par sa proximité aux autorités belges, il s’assurait d’être du côté du pouvoir colonial et du plus fort, et donc invulnérable. « G.Pongo, à vrai dire, est connu comme un élément exalté, ayant des relations avec les agents américains et européens, ayant choisi dès l’indépendance de dénoncer bruyamment, au nom de l’anti-communisme le plus virulent, les nationalistes congolais, ainsi que les Européens favorables à l’évolution du Congo vers l’indépendance, comme par exemple le Professeur Van Bilsen, auteur du Plan de Trente Ans. Il a eu des contacts en juillet-août 1960 avec les milieux les plus proches de la sécession katangaise et les plus violents anti-lumumbistes. À mi-septembre 1960, à Bruxelles, G.Pongo faisait transmettre à un ami belge de Patrice Lumumba, Jean Van Lierde, un message-annonce : « Dites-lui que nous allons liquider Lumumba et que les blancs qui l’ont soutenu iront dans le même trou que lui », déclara-t-il à un tiers en haussant la voix.
Pendant ces temps, et malgré les menaces, Patrice Lumumba confia, à son ami belge, dans une lettre : « Je continuerai la lutte en vue de la liquidation totale du colonialisme ». Il réussit par mettre sa menace en exécution et perdit lui aussi sa vie en digne soldat en mission commandée.

TRAQUE DE PATRICE LUMUMBA ET SES COMPAGNONS

Major Gilbert Pongo n’eut pas à liquider Professeur Van Bilsen, auteur du Plan de Trente Ans, l’homme à qui Joseph Kasa-Vubu opposa son contre-manifeste en 1957. Ce Professeur finit par être engagé par Joseph Kasa-Vubu comme son éminence grise, son conseiller à la Table ronde et dans son cabinet. La menace produisit ses effets au grand malheur de Patrice Lumumba et ses compagnons.
C’est le Major Gilbert Pongo qui fut choisi pour prendre la tête des poursuivants pour intercepter Patrice Lumumba dans sa fuite vers Stanleyville. Il ramena Patrice Lumumba, Mpolo Maurice et Okito Joseph pour les présenter à Mobutu, le donneur d’ordre de l’arrestation. Il les avait molestés et blessés tout au long du voyage par avion jusqu’à casser les lunettes de vue de Patrice Lumumba dont il vouait une haine implacable.
Il mit aux arrêts les autres compagnons de Patrice Lumumba, notamment Fataki, Emmanuel Nzuzi, le frère de Madame Cathérine Nzuji wa Bombo, Jean Pierre Finant, le père d’Abeti Masikini et les autres martyrs lumumbistes assassinés à Bakwanga.
L’anti-lumumbiste exalté ne croyait pas avoir fait assez pas dans sa mission : il se mit par la suite à la tête de l’ANC pour finir à traquer et liquider les Lumumbistes à l’Est du Congo. Pour son malheur et pour une fin ultime de sa mission, il tomba aux mains d’insurgés lumumbistes à Bukavu le 1er janvier 1961 à Bukavu et fut transféré à Stanleyville pour être jugé et condamné à mort en février 1961. Cependant, il émanait de Stanleyville une proposition de procéder aux échanges de prisonniers.
« Le salut de M.Pongo Gilbert est conditionné à la libération immédiate de notre Premier Ministre, Patrice Lumumba », le fit savoir Christophe Gbenye dans UHURU, l’organe révolutionnaire de Stanleyville.
Mais, Joseph Kasa-Vubu, Joseph Iléo, Mobutu et Nendaka opposèrent à cette proposition un fin de non-recevoir, et ce malgré l’insistance de Christophe Gbenye et le message sur message du condamné. Apparemment, la décision de liquider Patrice Lumumba et ses compagnons était arrêtée en définitive. La vie de Gilbert Pongo ne pouvait qu’être sacrifiée !
Selon Christophe Gbenye que j’avais rencontré à Kinshasa chez Jacques Omonombe dans le cadre de mes recherches, Gilbert Pongo fit des révélations graves lors de son jugement, notamment sur le plan de liquidation de Patrice Lumumba et de disparition de son corps…Tout portait à faire accréditer l’existence d’un plan de longue date.
Que dire enfin ? Que le Major Gilbert Pongo, officier de renseignement, mourut en soldat exalté et zélé en service commandé et au péril de sa vie.

Article de Joseph Anganda

G.Heinz & H.Donnay, Patrice Lumumba. Les cinquante derniers jours de sa vie, pp. 54-55

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