La famille africaine et les récits fictions de type « fin du monde »

Une constante revient souvent dans les récits, que ce soit les romans, les films, séries télé ou autres docu-fictions, traitant d’une situation de fin du monde ou apocalyptique. Peu importe le genre, peu importe les moyens de production ou le contexte du récit, un fait répétitif revient, c’est celui de la famille « isolée » qui, parents et enfants, vont se sauver des situations difficiles. Bon, la plupart du temps, il est question d’un père seul, divorcé ou veuf, avec ses enfants évoluant dans un contexte un peu tendu entre le père et ses enfants.

Tous ces films, romans ou séries, nous renvoient la plupart du temps si pas toujours à une famille en solo qui semble n’avoir aucune attache familiale en décidant de se sauver seule. Hors dans la vraie vie, l’instinct humain de base serait de consulter les siens pour s’organiser afin de se sauver ENSEMBLE par des solutions concertées au minimum du genre:

  • « où devrions-nous aller »,
  • « comment allons-nous nous protèger »,
  • « comment faire face aux besoins de base (alimentation, médicaments, etc…) », etc…

Or dans les récits les plus courants (non je n’ai pas la prétention d’avoir vu tous les films du genre. Uniquement les plus populaires), ces questions ne sont posées qu’au niveau de la famille nucléaire. On ne voit jamais le « reste » de la famille: cousin, cousine, oncle, tante, neveu, nièce, grand-parents etc…

Ce qui m’amène au coeur de mon sujet: la famille africaine dans les récits de « fin du monde ». Pourquoi je me pose cette question? tout simplement parce que, hyper productif et inspiré que je suis, je reflechis depuis deux ans sur le sujet avec plus ou moins de régularité en voyant mes enfants grandir et les docu-fictions sur le sujet diffusés sur National Géogtraphic Channel. Et en voyant ces récits, je me pose souvent la question de savoir comment je réagirai dans ce type de contexte et comment je ferai pour sauver ma famille nuclaire et les miens (famille élargie et amis) dans ce genre de contexte au regard des récits extrèmes que proposent les projections faites par les récits modernes traitant de la « fin du monde » ou du moins d’un chaos apocalytique du monde (occidental).

Ce qui m’intéresse donc ici c’est la manière dont, en accord avec nos réactions et émotions humaines réelles, une famille qui tenterait de se sauver d’un monde en déclin.

« Où allons nous aller? »

Ce sera la première et plus importante des questions à laquelle la famille (nuclaire et élargie) devra répondre. Selon les scénarios, il sera question de toute façon de s’éloigner géographiquement d’un lieu devenu hostile sur le plan écologique, social ou autre. Et la particularité des familles africaines sera de faire face au racisme primaire qui prendra sans aucun doute des proportions pires qu’avant la « catastrophe ». Les possibilités de déplacement dépendront des moyens de la famille à financer/monnayer ses déplacements et laisser-passer.

Dans un scénario du pire, il sera question d’aller sans doute à la campagne (je parle bien de familles africaines vivant en Occident…) pour s’éloigner de la furie et du chaos dans les grandes villes. Dans le scénario du pire, il pourra être question de quitter l’Occident. Alors, soit la catastrophe est graduelle, donc les familles auront le temps de s’organiser pour mettre à l’abri, en Afrique, les enfants et les personnes agées et ensuite tous partir. Soit, la catastrophe est assez subite ou alors politiquement tendue empêchant tout départ « organisé » par des moyens classiques pour longues distances (avions).

Et selon les points de départ, les familles, oui car il ne s’agira jamais d’une famille nuclaire, devront procéder par étape et non viser un trajet en ligne droite. Soit partir en convoi, soit se donner progressivement rendez-vous à des endroits clés pour se regrouper et former un plus long convoi. Et selon les pays de départ, il serait question, pour ceux voulant se rapatrier en Afrique, d’aller vers le Sud de l’Europe avec sans doute en point final, les principales villes portuaires européennes du pourtour méditéranéen. De là, un bateau ou un avion (je parle bien de science fiction… merci) affrêté par l’Union Africaine ou ses états membres individuellement vers l’Afrique.

« Comment allons nous nous protéger? »

La meilleur des protections, bien avant celui d’avoir une arme à feu, est la force du nombre avec un minimum d’équipement et outils pour se défendre. Car Hollywood nous a trop habitué à un paradigme du « je dois avoir une arme à feu pour me défendre ». Hors, on acquière pas en France une arme comme on peut l’acquérir aux USA ou en Italie…

Donc en toute logique, les familles s’organiseront pour que les hommes, surtout, puissent être le fer de lance de la protection des membres de la famille. Avoir parmi les siens une personne avec des connaissance en arts matiaux s’averera fort utile. Mais une simple capacité à passer à l’attaque et se battre sans crainte serait déjà fort dissuasif bien avant la possession d’une quelconque arme. De plus, contrairement aux mythes véhiculés par hollywood, certes une arme peut se trouver « facilement » mais il en est autrement des munitions qui s’épuisent et ne poussent pas comme le fruit sur l’arbre… Donc ceux qui en possèderont, veilleront à ne pas jouer les Rambo en tirant par rafale à tout va comme dans les films (rire).

Pour ce qui est des outils de défense, les plus courants seront ceux dont nous disposons déjà tous chez nous dans nos cuisines ou nos garages. Il serait judieux, c’est mon avis de père, d’initier sans doute les enfants (pré ado) au self défense car en cas de coup dur, après s’être débarassés des parents, les pillards ou « gens hostiles » s’en prendront aux enfants et les viols et autres actes pédophiles ne seront jamais loin. Il serait mieux pour l’enfant de pouvoir se défendre en infligant un  maximum de dégat à ses agresseurs.

« Comment faire face aux besoins de base (alimentation, médicament, etc…) »

Une autre question éminement importante car sans moyen d’assumer ses besoins de base, la famille, au sens élargie, va se disloquer. Chaque couple cherchant à d’abord prendre soin de ses enfants, ne pourra plus répondre aux besoins des autres. Cependant, il ne faut pas négliger un aspect important de l’esprit d’entraide, surtout dans les familles soudées, du moins qui font ou feront tout pour finir le voyage d’exode ensemble. Il ne sera pas rare alors de voir les adultes se priver pour que les enfants soient correctement nourris. Mais celà sous entend un risque non négligeable, car un adulte moins bien nourri, est un adulte qui sera aussi plus faible physiquement et sans doute plus vulnérable aussi.

Le choix du « quoi emporter et quoi laisser » décidera aussi du sort de la famille car à trop se charger on est moins mobile, même avec un véhicule. Les choix crucieux devront toujours être fait AVANT le départ et non après ou pendant. Selon mon sentiment et ma sensibilité, et grâce aux nouvelles technologies, il sera possible d’emporter une enorme quantité de souvenir en les numérisant. Je parle surtout ici des souvenirs de famille: photos, vidéos, dessins, livres, tableaux, documents administratifs, documents scolaires, objets, photos des pièces de la maison… Les disques dures externes offrent désormais cette possibilité. Encore faudrait-il bien les isoler du froid, de la chaleur et de l’eau dans une pochette étanche et à l’épreuve des chocs.

« Où aller en Afrique? »

C’est une question qui sera posée dès le jour où la famille décidera de partir. Et je dirai même que c’est une question à laquelle la réponse la plus naturelle et instinctive sera d’aller là où l’on est originaire ou du moins là où on pense être le mieux. Elle se posera différement si les parents sont de deux nations africaines différentes. Dans ce cas, c’est le pays le plus « stable » qui sera préféré sans doute. La plus part serait tenté de s’installer dans le premier pays « noir » venu donc Sénégal, Mali, Niger, Tchad. Puis descendre doucement vers l’Afrique Centrale pour d’autres (comme l’auteur).

Mais dans le cas d’une femme « métissée », il va de soi que le pays d’origine du parent d’origine africanie ou afro-descendante sera le choix de base, tout en tenant compte de ce qui est dit plus haut.

Ensuite un autre problème devrait mobiliser les familes, toujours pas arrivées chez « elles », en Afrique noire: la traversée des pays du maghreb. Nous n’allons pas nous le cacher, à la vue de ce qui s’est souvent passé avec les migrants noirs, il serait fort probable que des actes négrophobes soient de la partie contre les familles. Alors, le mieux à faire serait de s’enfoncer à l’intérieur en direction du sud, toujours en groupe afin de ne pas être vulnérable et de solliciter l’hopitalité des gens des provinces, car tous les magrébiens ne sont pas négrophobes, certains sont sans doute très accueillant aussi. Mais lorsqu’on est en terrain que l’on sait hostile. Il ne faudrait pas chercher à s’attarder.

« Et si il y avait sélection à la frontière? »

C’est une question qui vient quand même dans mon esprit. Car comme dans toutes situations de ce genre, les états ou groupes d’états pour se protéger d’un afflu massif, en fermant leurs frontières ou se montrant très sélectif sur les migrants, exactement comme le fait l’Union européenne avec son fameux FRONTEX et les services d’immirgations de ses états membres. Et SI, certains africains ou simplement des non africains (blancs et autres) étaient empêchés d’entrée pour cause de:

  • nationalité non africaine (non reconnu comme telle par l’UA)
  • lieu de naissance hors d’Afrique

Il y aurait alors d’autres choix difficiles pour les familles, dont beaucoup, j’en suis sur tenteront l’entrée illégale, via des réseaux de passeurs (oui, encore eux) qui leur feront passer la frontière au risque et péril de ces familles avec enfants et personnes âgées… ou pas.

Donc, voilà en gros les points importants pour un récit fiction de type « fin du monde » pour une famille africaine qui tentera de réllier le continent noir à tout prix. Et c’est entre autre cette reflexion qui m’a maintenu éveillé, le jour où j’ai écris cet article, entre une heure et quatre heures à reflechir dessus en me mettant à la place du personnage du père de famille. Sans doute, un prochain roman que je vais écrire… Sans doute.

crédit: l’image illustration vient du film Hope réalisé par Boris Lojkine avec Justin Wang, Endurance Newton

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.