Elections belges & Communauté Congolaise: s’adapter, anticiper & innover

Election après élection, nous avons vu dans notre communauté des personnes sortir du lot ou être sortie du lot par les états-majors des partis politiques. Election après élection, nous sommes souvent dans les mêmes débats « de fond » portant sur notre place dans la société civile belge, au sein de certaines institutions publiques du pays ainsi que notre visibilité dans les médias ou du moins la mise en avant de nos opinions dans la scène publique de manière construite.

Lorsque les difficultés de la communauté à remontent à la surface, l’analogie de parcours de la communauté turque ou marocaine nous est souvent balancé à la figure. Dans quel but? Sans doute pour nous faire savoir qu’après près de trente années de présence en Belgique il ne faut pas trop se bercer d’illusions sur notre place dans ce pays qu’est la Belgique. Une analogie qui sent le fatalisme à des kilomètres. Des alibis, rien que des alibis, c’est tout ce qui en ressort à défaut d’être soi même un acteur capable de développer un lobby répondant aux attentes de la communauté. L’initiative de départ est assez simple à impulser ou comprendre car celui qui ne s’adapte pas, meurt! Celui qui ne s’inspire pas de la réussite des autres (j’insiste sur le verbe S’INSPIRER) meurt! Celui qui n’anticipe pas les enjeux à venir, meurt! etc…

Si nous voulons avoir une communauté qui trouve sa place dans la société civile de Belgique, il lui faut s’adapter aux réalités socio-politiques et socio-culturelles du pays. Il lui faut anticiper les enjeux, c’est à dire mettre en place une réflexion collective sur les défis des cinq,dix voire vingt années à venir ou alors sur les changements et bouleversements importants du pays hôte dont l’un des plus grands partis en devenir, la N-VA, veut clairement la fin: commencer par le confédéralisme puis aboutir à une indépendance de la Flandre, chose qui est clairement et explicitement cité dans les statuts de ce parti.

Une fois qu’elle s’est adaptée et est en mesure de pouvoir anticiper les choses importantes, notre communauté dans ce pays doit pouvoir innover dans plusieurs domaines: entrepreneuriat, orientation scolaire des cadets, projets de développement, projets sociaux culturels, etc… Car innover c’est faire preuve d’une créativité de pointe qui vous met au dessus de la mêlé.

S’ADAPTER

Il est question de premièrement se connaitre soi même, maîtriser  ce que l’on est et ce qu’est la communauté. Ensuite, s’informer et assimiler les informations relatives à la société d’accueil dans laquelle on vit: connaitre sa composition, ses traditions, ses cultures, ses problèmes, ses défis, ses institutions, ses groupes d’influences, etc… bref son FONCTIONNEMENT. J’entend par s’adapter, le fait de trouver la serrure dans laquelle la clé qu’est notre culture puisse s’insérer correctement et nous ouvrir des portes. Cela va demander un travail sur soi, interroger son identité sur certaines traditions qui sont applicables chez nous et dans le pays hôte, et celle qui ne le sont pas ou du moins.

En ce qui nous concerne, la flexibilité ancestrale de la tradition bantu nous permet aisément de pouvoir nous insérer partout sans problème. Cependant, le problème est souvent le sens de l’accueil qui nous est réservé ou du non accueil. Et ce dernier varie d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, d’une pays à l’autre. Mais nous devons être en mesure, si nous voulons nous établir et prospèrer là où nous allons, de suivre la manière de marcher des autochtones. Un proverbe bantu dit « si tu vas quelque part et que tu trouves les gens marcher de telle manière, marche de la même manière qu’eux »

Mais comprenons nous bien, il ne s’agit pas de renier ce que l’on est pour devenir comme l’autre. Il est surtout question de savoir comment les autres fonctionnent et de ne pas avoir une attitude, des paroles ou initiative allant à l’encontre de leurs uses et coutumes et le tout encadré par des lois applicables à tous et protégeant tout le monde. Liberté d’expression, liberté de culte, liberté d’action etc… Un espace où être soi tout en étant respectueux des uses et coutumes du pays hôte. Autrement, si un pays ne vous permet pas de rester vous même et d’avoir accès à cette supra communauté qu’est la société civile, un seul conseil: quittez ce pays sur le champ.

ANTICIPER

Lorsque l’on connait le fonctionnement structurel d’un pays, ainsi que les enjeux et défis qui sont les siens, on est normalement en mesure d’avoir une réflexion sur le futur de sa famille, sa communauté, dans ce pays. Et cela ne demande guère un diplôme universitaire car réfléchir, exposer des avis et arguments, est à portée de tout le monde avec un minimum de capacité intellectuelle et de bon sens. Nous comptons actuellement un nombre important de personnes issues de la communauté africaine en générale et congolaise en particulier pour pouvoir avoir un avis pointu de personnes connaissant le pays hôte de l’intérieur de ses institutions et pouvoir développer des idées plus poussées sur la manière dont nous nous voyons dans dix, vingt ou trente ans dans le pays hôte.

Ceci demande, la mise en commun des compétences transcendant les rivalités politiques, idéologiques, tribales et autres. Permettre à une Intelligentsia de se retrouver, à huit clos, et débattre. Hors la dispersion dans laquelle notre communauté s’est spécialisée grâce aux accointances politiques implantée dans les têtes font qu’il semble que ce genre de rencontre soit possible mais uniquement entre personnes d’une même idéologie. Voici une barrière de plus à briser, un carcan dans lequel la patricratie typiquement belge enferme nos frères et soeurs. Séparer les Cerveaux en les plaçant en opposition dans des partis différents afin de mieux dominer et contrôler la communauté.

Pour se faire respecter, il faut être en mesure de montrer que l’on est en mesure de prendre des initiatives sans attendre l’approbation de qui que ce soit. Faire les choses par nous, pour nous et avec les nôtres avant tout, et ce sans craindre les accusations de repli communautaire. Accusations de mauvaise foi! Car lorsque les élites de ces partis, membres de sociétés secrètes comme la Rose-Croix, la Franc-Maçonnerie, se retrouvent entre elles, personnes ne les accuse de repli identitaire ou autre. Et cela ne fait jamais les titres des journaux, souvent eux mêmes contrôlés par ces groupuscules opaques d’individus.

Donc cessons d’avoir peur comme des enfants face aux blancs. Cessons de nous dire « que diront-ils de nous? ». Agissons avec courage, intelligence et détermination. Car quand on est en infériorité, soit on se laisse dominer, soit on résiste. Nous devons résister à la tentation du « Plaire à bwana kitoko ».

La peur nous paralyse sans même que qui que ce soit ait eu besoin de nous mettre la main dessus, nous nous bloquons nous même. Prenons nos initiatives à bras le corps, faisons nos activités de réflexion à huit clos sans attendre l’approbation ni l’intervention de qui que ce soit et impulsons des idées nouvelles, profondes, sur le long terme pour, en premier le bien de notre communauté puis de la société civile dans laquelle notre communauté évolue. Ceci est aplicable partout où se trouvent nos semblables.

INNOVER

Nul besoin de faire un exposer ou une thèse pour parler d’innovation. En des mots simples, innover c’est être dans le top de la compétitivité. Être incontournable dans son domaine, être celui qui donne le tempo, celui qui marque son temps, son environnement par ses réalisations ou ses idées. Sommes-nous capable de créer des choses nouvelles dans notre communauté? Par exemple, une nouvelle manière de tenir un commerce à Matongé, une nouvelle manière de conduire son business de livraison de marchandise, une nouvelle manière de proposer des services de transfert de fonds, de télécommunication, de prestation de services dans le domaine capillaire, nuptial, musical, associatif etc… Donner un autre exemple, un meilleur exemple. Une exemplarité qui peut servir de modèle, de référence aux autres membres de la communauté, générant de meilleurs bénéfices financiers donc plus participation dans le financement de la collectivité via les impôts en contribuant honnêtement et légalement à la prospérité et à l’enrichissement du territoire sur lequel on est établi. Et cette situation engendre, normalement, le respect de la part des autorités car on devient une communauté qui compte et qui pèse.

Comme je l’ai toujours dit: aucun Messie, Prophète, Apôtre ou autre Sauveur Providentiel ne descendra du Ciel, ni ne sortira de la Terre ou de la Mer du Nord pour sauver notre communauté et lui montrer comment faire, quand faire, pourquoi faire, que faire et avec qui faire. Soyons nos propres Messie, soyons des leaders. Adaptons nous correctement, Anticipons les défis à venir et surtout Innovons en créant de la richesse matérielle et immatérielle afin de compter, de peser, d’exister. Car celui qui ne produit rien, ne pèse pas, donc n’existe pas. Sauf dans les statistiques et reportages misérabilistes et alarmistes montrant les effets et occultant les vrais causes.

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