Concert ou Pas Concert des musiciens congolais: mon avis

Les uns l’appellent « Embargo », les autres « stupidité anti culture » moi je l’appelle réaction et outil de pression des uns sur les autres. Car Voici plusieurs années, on dira depuis au moins 2010, sauf erreur de ma part, que les concerts sont boycottés, voir annulés de force par le mouvement des combattants des communautés congolaises hors du pays mais principalement en Europe.

Pourquoi le font-ils? Pour résumé je dirai protester contre la connivence des artistes avec le régime et surtout leur mutisme face aux souffrances du peuple mais aussi face aux agissements criminels du régime de « Kabila » et de ses collabo(rateur)s.

Face à ceci,il faut maintenant savoir deux choses:

  • Il y a des artistes, oui, qui sont des vendus. Ils soutiennent le régime, chantent quand il faut en l’honneur de « Kabila » et son régime moyennant des « enveloppes » bien fournies.
  • Il y a des artistes qui exercent leur art sans parler de ce qui se passe au pays par une chanson ni même y faire allusion dans une chanson.

LE RÔLE D’UN LEADER D’OPINION

Un artiste, de part sa stature et sa notoriété dans le pays et hors du pays, est un leader d’opinion car ses paroles sont écoutées avec attention, commentées, reprises, diffusées. Il en va de leur responsabilité morale de se faire l’écho du peuple dont ils sont issus. Plusieurs artistes africains qui sont des contemporains de nos artistes congolais montrent l’exemple dans ce sens. D’autres avant eux, l’ont fait aussi, allant jusqu’à mettre leurs carrières en péril pour cet idéal de justice, liberté et équité.

De ce point de vue, il est légitime de la part de personnes issues du peuple, des fans de ces artistes de réclamer plus d’implications dans le drame ou les drames qui touchent le pays, la nation.

LES CONTRAINTES DE NOS ARTISTES

Nos artistes s’expriment pour la plupart, si pas tous dans leurs chansons en Lingala, contrairement aux autres artistes africains de leur niveau qui le font pour la plupart en français ou anglais. Il fut un temps où les artistes congolais de premier plan faisaient surtout leur bénéfices dans des concerts en Europe, où le public acceptaient de payer le prix pour les voir prester.

Mais j’aimerai maintenant que l’on s’attarde sur l’aspect social entourant ces artistes, pas seulement les Leaders comme Werra, Fally, Koffi, JB, Ferrer, etc… Mais leurs « staff » des gens qui ne vivent que des concerts. Mais il y a aussi les tourneurs, managers, chauffeurs, gardes du corps, danseuses, techniciens, sponsors, etc… Il y a toute une industrie qui est suspendue à la santé financière de ses artistes là, et pas eux seulement.

Certains de ces artistes ont des familles en Europe qui dépendent d’eux, des « employés », des organismes etc… Il faut prendre en considération tout ce qui vient d’être énoncé aussi dans cette affaire.

FAIRE LA BALANCE

Maintenant pesons les pour et les contre: la situation du peuple et la situation des personnes et familles qui dépendent de ces artistes. Je pense qu’on peut le dire sans démagogies: il n’y a pas photo, la souffrance du peuple, plusieurs millions d’âmes pèse bien plus que celle de quelques centaines d’individus. Et c’est de la que vient le légitimité des combattants, du moins à leur début et nous sommes nombreux à avoir approuvé cette dynamique contestataire populaire, surtout hors du pays. Car au pays, les réalités sont différentes et autres.

ALLER COMBATTRE AU PAYS

C’est une des phrases les plus ridicules (désolé de le dire comme je l’entend mais c’est mon avis) qu’il m’est souvent donnée d’entendre ou de lire. Pourquoi? Ne soyons pas enfantins ni hypocrite. Lorsque vous dites à une personne expatriée de gré ou de force hors du pays (non, il n’y a pas que les blancs qu’il faut appeler expatriés) et qui se sait en danger à cause de ses opinions, de rentrer au pays pour aller y mener son combat, vous pensez sérieusement que vous l’aider ou que vous l’envoyer à la mort? Avez-vous déjà oublié le geste d’Armand Tungulu que certains esprits tordus ont traité de fou ou de malade mental, tout en continuant à aduler d’autres noirs  (americains) ayant posé des gestes de résistance les ayant mener à la mort. Un moment, faut arrêter la masturbation intellectuelle.

Tout individu a le droit d’entreprendre une action de résistance, hors de chez lui, tout en veillant à:

  • respecter les lois du pays d’accueil et agir dans la limite de ce que lui garantie les lois du pays d’accueil (ou alors changer de pays)
  • d’entreprendre les choses avec intelligence sans rien faire qui nuirait à son combat et à sa communauté dans le pays d’accueil

Dire aux combattants « aller manifester et bloquer les concerts au pays » c’est leur dire « aller vous faire torturer et assassiner, on s’en fout ». Et là, je condamne avec vigueur ce genre de bêtises car malgré que nous ne soyons pas d’accord sur les méthodes, il n’en va pas moins que ce sont nos frères, nos sœurs, notre sang Ba-Ntu qui coule dans leurs veines et que certains parmi eux sont des pères, des mères, des fils et des filles. Être révolté ou en colère ne nous permet pas de nous montrer barbare, méprisant… idiots. Non, gardons de la hauteur et ne descendons pas au niveau de ceux qui ne réfléchissent qu’avec leurs émotions comme des enfants choqués par la moindre scène de baisers entre adultes à l’écran. Grandissons…

CE QUI NE VA PAS CHEZ LES COMBATTANTS

La première chose qui ne va pas c’est l’organisation et la disciple idéologique. Deux piliers pour tout mouvement voulant tenir dans la durée, ce qui n’est plus le cas des combattants. Autant, aux alentours des années 2010 – 2011, il y avait un embryon d’organisation et d’idéologie avec des figures phares dont je ne citerai pas les noms pour ne pas donner l’impression que je m’acharne ou attaque qui que ce soit (les concernées se reconnaîtront). Autant de nos jours, c’est le foutoir complet.

D’abord, il n’y a pas une organisation ni plusieurs organisations organisées, structurées et disciplinées mais il y a beaucoup d’individus en colère qui se reconnaissent par deux revendications principales qui se résumeraient à: « Kabila (et sa clique) Dégage » mais aussi « Pas de Concert ».

A une de ces personnes éminentes à une époque du mouvement des combattants j’avais dit « Il faut absolument que tu inities des rencontres à huis clos de type Campus Congo pour asseoir une idéologie mais aussi ta vision du combat car tu me sembles celle qui est le plus posée tout en étant radicale ». Mon conseil fut suivi d’aucun effet et j’ai commencé à voir les divergences, les insultes par vidéos interposées (Youtube en a rendu certains célèbres à tord). Les anciens étaient de plus en plus contestés par les nouveaux, des chefs se levaient ici et là. Tout le monde faisait de la surenchère pour savoir qui est plus radicale que qui, qui est allé plus loin et qui est vraiment « congolais ». Oui, on en était arrivé là. Et, je ne parle pas de ceux qui ont tourné leur veste pour aller au pays travailler avec le régime (ou légitimé ce dernier).

Un autre point, le plus important, le plus sensible: l’usage de la violence. Tans que l’on reste dans le verbale, l’accusation, l’interpellation ou même l’insulte, on peut mettre ça sous le coup de la colère ou de tout ce que vous voulez. Mais l’usage de la violence physique SURTOUT contre des femmes, nos sœurs, là il y a un SÉRIEUX problème!!! En lingala, on dit « Na maloba, kasi na nzoto te » (uses de tes paroles mais n’en vient pas aux mains). Un homme est un homme, il peut se défendre si on l’attaque, du moins pour les plus courageux. Mais une chose intolérable c’est l’usage de la violence contre une femme, même si elle est membre du régime de Kabila, NON! ON NE TOUCHE PAS A UNE FEMME (congolaise ou rwandaise) POUR LA VIOLENTER AU NOM DE LA LUTTE POUR LE CONGO! Sur ce point là, aucune discussion, aucun débat!

Je vais parler en toute logique et en toute clarté, libre à qui le veut de me faire un procès d’intention. Si l’ennemi du Congo est connu, c’est à dire, certains partis politiques belges, certains états européens, occidentaux, africains etc, certaines entreprises, certaines organisations. Ces institutions on peut trouver leurs adresses, téléphones, etc… sur le net. Qu’est-ce qui empêche les combattants d’aller les attaquer, eux, en premier? Car nous le disons tout le temps, nous le savons tous et les combattants en premier, ce sont d’abord les étrangers qui tirent profit de la situation au pays. Donc des cibles légitimes, il y en a légion pour qui veut se battre pour le Congo HORS DU PAYS (d’où l’argument d’aller au pays pour combattre que je trouve insensé et stupide) et peuvent revêtir plusieurs formes mais pour cela, il faut faire preuve d’imagination et avoir des ressources. Des cibles à « attaquer », il y en a légion, il suffit de « faire son shopping » sur le net et bien se préparer aussi aux conséquences.

Mais très peu, voire aucun, n’entreprennent ce genre d’actions car la peur d’aller trop loin et surtout de perdre son confort précaire en Europe et de goûter à la prison, en dissuade plus d’un. Du coup, il devient plus « facile » de faire des marches (toujours les mêmes trajets), de prendre d’assaut nos ambassades et les vandaliser (puis en être déloger quelques heures après), agresser des hommes, des femmes et dernièrement devant la boîte bruxelloise le Mirano, une jeune sœur de 19 ans aurait été tabassée par plusieurs hommes identifiés comme étant des combattants empêchant l’accès au Showcase de Fally (témoignage plus bas) et poursuivie jusque devant chez sa tante.

ET LA SUITE?

Le mouvement des combattants, comme tout mouvement non organisé, pour ne pas dire désorganisé, est voué à disparaître ou à perdre toute crédibilité, sympathie ou influence comme d’autres avant lui dont certains étaient sans doute bien plus organisés et efficace. On a un mouvement sans tête, limité dans ses actions, avec de moins en moins de capacité à mobiliser et qui pour se faire entendre fait dans la surenchère comme les faits de « mutakalisation » c’est à dire, une agression dans le but de nuire à la personne en la mettant à nue en public ou lui nuire de telle sorte qu’elle ait extrêmement honte. Mais cette action vient de se retourner contre un des leurs, le combattant Babin qui s’est fait prendre au jeu que les combattants eux-mêmes imposaient aux « collabos » avérés ou supposés, ce 25/11 à Bruxelles en marge de la conférence de presse de Fally Ipupa.

UN FRONT ANTI COMBATTANT?

Honnêtement, c’est ce qui va arriver, voire c’est ce qui est entrain d’arriver. Et Contrairement aux combattants, leur adversaires ne seront pas connus, ils ne diffuseront pas de vidéos sur Youtube, n’afficheront pas leurs têtes et seront bien plus violents, bien plus extrêmes. Je parle ici de ces jeunes congolais (d’origine) entre 20 à 35 ans qui, excédés par les actions violentes, vont monter un cran au-dessus et établir un nouveau rapport de force qui, je le crois, va fédérer bien plus de congolais et d’autres africains que le mouvement des combattants n’en aura jamais fédérés au plus fort des manifs. Et comme le pouvoir a horreur du vide, il va de soi que non seulement les institutions de sécurité des pays d’accueil vont s’en féliciter mais aussi que le régime de « Kabila » va les soutenir, si ce n’est déjà pas le cas, car dans ce domaine, le pouvoir de Kinshasa fait preuve d’une capacité d’anticipation des plus intelligentes.

Un jour arrivera, et ce jour va arriver, où un ou des combattants vont toucher à la mauvaise personne, à la mauvaise femme, soeur, tante, mère et ce jour là, ce n’est pas quelques coups qui vont pleuvoir mais des actions bien plus sanglantes. Le ras le bol est là et les combattants ne sont plus les maîtres du jeu. Une nouvelle donne va s’imposer à eux, et je pense qu’ils ne feront pas le poids et je dis ceci de manière logique et réfléchie.

CONCERT OU PAs CONCERT

La question n’est pas de savoir si les concerts doivent reprendre ou pas mais dans quel esprit nous voulons fonctionner dans nos communautés avec notre musique et nos musiciens. Si il y avait une stratégie prenant en compte dans la durée, les grieffes des uns et des autres, et une ouverture suivi d’un dialogue entre les Anti et les Pro concert qui permet de définir les modalités pouvant rendre faisable des concerts, showcase, appelez-les comme vous voulez: oui.

Mais d’un côté, il y a eu arrogance, insulte et défi de la part de certains musiciens vis à vis des combattants voire de tout activiste approuvant l’idée de l’annulation des concerts. De l’autre côté, il y a eu un désordre idéologique et aucune stratégie dans la durée cédant le leadership à des non leaders dont certains sont là clairement pour « l’action » avant tout.

Faut-il reprendre les concerts? Mon avis est oui mais il revient aux artistes de prendre en considération les revendications du peuple, dont les combattants, qu’on le veuille ou non, se font écho. Et il revient à ceux qui sont VRAIMENT des combattants de comprendre les enjeux sociaux des familles dépendantes des artistes qu’ils empêchent de prester.

Une stratégie n’est viable que si elle porte des fruits et engendre une plus value. Ca été le cas entre 2010 et 2013 pour les interdictions des concerts… Mais après cette période là, en l’absence d’une stratégie en profondeur, le mouvement des combattants s’est mis à dos ceux-là même qui les soutenaient par diverses actions qui leur ont porté atteinte.

QUI PEUT FAIRE DES CONCERTS?

Bonne question à laquelle, je n’ai pas la réponse mais qu’il faudrait se poser. Car si on interdit les Fally et Werra et Cie pourquoi l’interdit-on les Maître Gims et autres Peggy Tabu, etc… ? Ils sont congolais, musiciens, artistes. Eux non plus ne dénoncent pas le régimes de Kabila selon les critères que les concernés imposent aux autres Koffi, Ferrer et Cie.

On ne se pose pas ou plus les bonnes questions donc on donne les mauvaises réponses à des questions légitimes pour les uns et les autres. Mais retenez une chose, pendant que vous vous taper ici à Bruxelles et Paris, « Kabila » et sa clique sont « happy comme jamain! ». Sa stratégie de la diversion et dispersion des forces est en cours depuis des années et se poursuit… avec succès.

TEMOIGNAGE DE LA SOEUR AGRESSEE DEVANT LE MIRANO

 

 

crédit: photo Cheik Fita.

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