Analyse: Koyagialo élu gouverneur de Province, et maintenant?

Il convient de cerner certains éléments objectifs à partir desquels on peut donner de l’intelligence à ce résultat électoral et en tirer les conséquences qui s’imposent.

De un, le nouveau gouverneur ne dispose pas de majorité structuré sur des bases solides.

De deux, il n’y a pas des clivages partisans Majorité et Opposition, et surtout au cours de ce scrutin, le PPRD et le MLC ne se sont pas affrontés. Ce qu’il y a eu est que d’un côté se sont retrouvés des Députés qui ont compris que le contexte politique de 2006 est révolu et qu’il y a lieu d’évoluer par intelligence pratique, et de l’autre ceux qui ont tenté de soumettre les Députés à des pesanteurs partisanes passéistes nullement significatives aujourd’hui.

De trois, aucun notable ou bonze de la majorité kabiliste n’aura influencé ce scrutin, au contraire le corps électoral a manifesté de la répulsion quasi viscerale à l’endroit de quiconque a exprimé des velléités du genre mouche du coche sur le processus. S’illustrer a constitué un handicap!

De quatre, une fois n’est pas coutume, dès le premier tour, le corps électoral a neutralisé le traditionnel clivage Nord-Sud/ Équateur par l’envoi au second tour des deux concurrents du Nord/Équateur : Koyagialo, Nord-Ubangi, Jean-Lucien Bussa, Sud-Ubangi.
Il est vrai que l’élément géopolitique a aussi joué, mais comme facteur d’équilibre étant donné qu’après le Sud-Ubangi avec Makila (colostier Baende (Equateur) et l’Equateur avec Jean-Claude Baende (colistier Vincent Mokako (Mongala), il y avait comme un deal tacite entre les différents Districts que c’est le Nord-Ubangi de Koyagialo (colistier Sebastien Impeto (Tshuapa) qui devrait passer. Cela étant, la donne ethno-tribale a juste constitué une variable d’ajustement par rapport à cet équilibre.

De cinq, l’image du nouvel élu n’a jamais été écornée à l’Equateur suite au pseudo massacre de L’shi, le versant historique zaïrois du syndrome de Timisoara, la manipulation médiatique qui a mis fin au règne du dictateur Nicolas Ceacescu. En revanche, au-delà de toutes les considérations, notamment son kabilisme, Koyagialo est réputé intègre, fédérateur et compétent; un agent de la territoriale qui a gravi tous les échelons de la technostructure de l’Etat dans l’ombre des Mwando Simba et de Konde Vila Kinkanda dont il était l’adjoint. D’où le soutien dont il a bénéficié de la part de l’intelligentsia de la Province, voire de certains Opposants au régime kabiliste dans cett course gouvernorale.

De six, contrairement aux idées reçues, Koyagialo n’est pas un choix spontané de la Majorité présidentielle qui l’a finalement adoubé, mais l’objet d’un deal conclu entre la dynamique anti-Baende de l’Assemblée provinciale et les autorités de Kinshasa en contrepartie de l’éviction du calotin. C’est ce qui explique l’hostilité qui lui a été manifestée jusqu’au bout par une certaine tendance radicale et mafieuse du Pouvoir pprdien bénéficiaire de la chaotique gouvernance de Baende.

De ce qui précède:
– malgré l’éhontée récupération dont il fait l’objet de la part du pouvoir pprdien, Koyagialo passe pour être un choix consensuel des filles et des fils de la Province de l’Equateur et devrait gouverner en tant que tel (76 voix contre 27);
– il devrait se débarrasser de certaines influences réputées nocives des ténors d’un certain leadership auto proclamé qui constitue autant de pesanteurs pour une saine gouvernance de la Province. Des velléitaires de cette approche ont failli par moment plomber sa campagne électorale au grand dam des Députés. Il s’agit des gens qui font impression sur un certain cercle kinois, mais qui, en réalité, sur le terrain, n’impacte nullement et jouent à la mouche du coche;
– il devrait former un gouvernement provincial qui reflète la dynamique actuelle non partisane et non clivante de l’Assemblée Provinciale dans lequel ne figureraient pas des filles et fils à papa égoïstes venus nombreux squatter l’hôtel Benghazi de Mbandaka;
– Koyagialo est certes élu , mais n’est pas au bout de ses peines dans une Assemblée dont les Députés provinciaux devenus matures et capricieux, comprennent aujourd’hui tous les enjeux politiques d’une investiture du Gouverneme provincial qui doit en rencontrer l’assentiment. Toutes les aspérités devront être rabotées en vue de garantir des institutions polies qui tiennent compte de tous les équilibres; sinon un autre malheur est vite arrivé. A ce sujet, à la lumière de ce deuxième tour du scrutin imposé par vénalité, je crains que ce soit cette Assemblée qui donne le tempo de la future politique provinciale.
– enfin, le nouvel élu ne doit pas perdre de vue qu’il devra commencer par se constituer une majorité confortable de gouvernement, ce qui devra passer par des concessions parfois douloureuses qui rencontrent le consensus qui aura sous tendu son élection. L’évidence est que ce gouvernement ne doit pas être celui de la Majorité présidentielle kabiliste.

 

Analyse de situation par Mr Sam Bokolombe

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.