Africa Museum: une décolonisation qu’on a du mal à sentir

L’ouverture tant attendue a eue lieu. Ce samedi 8 décembre, l’ex-Musée Royal d’Afrique Centrale est officiellement devenue l’Africa Museum avec l’intention de montrer une autre approche de cette institution sur la question de la mémoire historique contenue dans les murs de ce musée.

 

Premières observations

Honnêtement, il y a eu de l’effort, du moins un besoin de revoir la scénographie du lieu en terme de communication visuel et de partage de connaissance via les œuvres et collections exposées. Il y a ce fameux couloir souterrain menant au cœur du musée qui apparaît comme « tant le plus gros travail physique et architectural, de même que la nouvelle entrée flambant neuve par laquelle on pénètre dans le musée.

Gros point positif, la mise en retrait de l’indésirable buste du roi des belges Léopold II, « génie bâtisseur », qui a été retiré de l’ancienne entrée principale, celle par le bâtiment historique qui est très appréciable.

On peu souligner aussi la mise en avant des protagonistes Africains, via des vidéos explicatives, s’exprimant sur différents sujets touchant à la question de la mémoire matérielle et immatérielle, de même que l’éffort consentit à mettre en avant une certaines créativité contemporaine du Congo comme les robots de circulations de l’ingénieur congolaise, madame Thérèse Kirongozi.

Ce qui ne change pas

La vieille scénographique touchant à la faune congolaise est toujours là, comme figée dans le temps. Elle nous parle et nous raconte ce qui était déjà le cas il y a fort longtemps: la vie des animaux, leurs localisations dans l’espace et spécificités.Une manière qui n’est pas sans rappeler, l’époque de la « grandeur de l’aventure coloniale ». On se croirait presque des décennies en arrière à observer des curiosités de la nature « sauvage » africaine.

Ce qui ne change pas aussi, une sacrée déception voire un sentiment de colère, ce sont les noms des belges morts pour « la cause ». On revoir et revoir ces noms se suivant mais à aucun moment, il n’est fait mention des noms des congolais qui leur ont résisté, parfois l’emportant sur eux. Aucune mention! Même pas un nom de village, de lieu, de roi ou de peuples: absolument rien. A croire qu’ils n’ont jamais éxistés et que la pénétration (j’insiste sur le terme pénétrer comme dans le cas d’un viol) s’est faite sans aucune résistance ni contestation. Nous sommes à nouveau dans l’exhalation du passée colonial triomphant de ces braves « héros belges » qui sont allés, au mépris du danger, apporter la civilisation aux sauvages africains. En 2013, juste avant la fermeture, j’avais déjà soulevé cette question…Mais il semble que, ce soit tombé dans les oreilles de plusieurs sourds…

Pareil pour la manière d’exposer et de montrer les masques et statues en bois, appelées encore « Fétiche » par beaucoup, une manière de diminuer la sacralité de l’objet pour les peuples qui en sont les propriétaires moraux. Nous reviendrons sur ce point plus loin.

Ce qui ne change pas aussi, comme je l’avais aussi demandé en 2013, de mettre au moins une explication sur le processus de fabrication de certaines œuvres, surtout les armes. Ce qui aurait pu être fait sous forme de vidéo car au Congo, il y a encore des gens qui savent comment sont fabriqués ces œuvres ou du moins, sauront le reproduire, ce qui aurait pu permettre de donner cette information là au public.

Faut-il aller visiter ce musée?

Oui, sans doute. Mais avec un œil critique et averti afin de ne pas tomber dans le piège rapide du « c’est beau, c’est bien repensé ».  Mais surtout, le plus important, de faire appel a un guide formé et informé, issu de la communauté congolaise ou africaine qui saura vous faire « voir » le musée avec d’autres yeux que ceux des acculturés et aliénés ou ignorants le poids de l’histoire.

A qui appartiennent les œuvres exposées?

Selon la loi des belges, elles leur appartiennent. Même les oeuvres acquises par le vol, le pillage et la spoliation. Mais nous savons que l’on ne peut dissocier ces oeuvres à leur propriétaire originel, même si l’ont dit qu’une oeuvre spirituelle sortit de son contexte socio-religieux et désacralisé. Mais cela reste ce qui nous appartient.

Pour changer cette donne, il faut changer les lois qui ont balisé le statue de ces oeuvres. Mais de là à croire que des citoyens belges, dont d’origine congolaise, auront les mains livres pour demander l’abrogation de ces lois, il faut être naïfs car les lobbys pro Léopold II et nostalgique du temps de l’occupation du Congo veuillent scrupuleusement à ce que les fondamentaux ne changent pas.

A quand la restitution?

Cette question touche un aspect important mais que l’on tente toujours d’occulter dans les débats c’est la question de l’argent. Si la Belgique refuse et se braque lorsque l’on parle de restitution c’est pour ne pas devoir priver le Musée d’œuvres qui, lorsqu’elles sont prêtée, permette au musée de faire entrer de l’argent dans les caisses du musée.

Pour réellement décoloniser ce musée, il faut commencer par ces questions-ci et non parler d’humanité, de partage, de patrimoine de l’humanité. Non, c’est avant tout un patrimoine africain, congolais, qu’il faut d’abord rendre avant toute négociation.

La restitution ne devrait donc pas faire de débat, ni même tirer inutilement en longueur, surtout pour ce qui est des crânes congolais dont celui du roi Lusinga, et des corps des congolais morts et enterrés derrière l’église de la ville de Tervuren: sept congolais survivants du zoo humain de Bruxelles en 1935.

Il faut un recensement des oeuvres de ce musée afin de savoir lesquelles ont été acquises légalement et lesquelles ne l’ont pas été. Et là où le doute subsistera, il faudra tout simplement restituer à la communauté d’origine au à l’instance s’occupant des musées du Congo. Et je tiens à rappeler que le Congo possède des musées bien tenus et correctement sécurisés depuis plusieurs années, dont un tout nouveau est en construction sur Kinshasa et qui sera terminé en août 2019. Donc la question de la sécurité ne doit pas être un argument de chantage pour nous faire hésiter afin que les oeuvres restent en Belgique.

Et ensuite?

Le musée, par la voix de son directeur Monsieur Guido Gryselles, assure que la travail n’est pas (encore) finit et que la porte est ouverte pour aller plus loin dans la décolonisation du musée. Mais que vaut une décolonisation d’un bâtiment et de son contenu si le peuple premier et concerné, lui n’est pas respecter par la dite institution qui semble avoir fait cavalière seul lors des décisions à prendre au sujet du Musée. Mais comment décolonise-t-on un musée, à la base coloniale? En écoutant et en prenant les décisions avec les concernés car ce qui est fait pour nous mais sans nous et fait contre nous.

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